Le patriotisme se porte-t-il ? – Décryptage

Décryptons le sujet… 🎥 Nouveau décryptage Diapason « 🇲🇬 Le patriotisme se porte-t-il ? » Chaque vendredi, les agents de l’administration publique malgache doivent désormais porter une tenue malgache. La mesure peut valoriser le patrimoine, rendre visibles les identités régionales, soutenir les artisans et renforcer la transmission culturelle. Mais une tenue suffit-elle à créer un véritable sentiment d’appartenance ? Dans ce décryptage, nous examinons : les objectifs de cette obligation ; les exemples du Bhoutan, de l’Indonésie et du Ghana ; les difficultés concrètes de son application ; son coût pour les agents ; ses effets possibles sur les artisans, couturiers et producteurs locaux ; les fondements plus profonds du patriotisme : l’histoire, la langue, la confiance et la solidarité. Une mesure symbolique peut avoir du sens. Encore faut-il qu’elle reste accessible, respecte la diversité régionale et bénéficie réellement aux savoir-faire malgaches. Le vêtement peut rappeler l’appartenance ; il ne remplace ni la mémoire, ni la confiance, ni la solidarité qui font vivre une nation. ▶️ Regardez le décryptage et partagez votre avis en commentaire :Le patriotisme peut-il se renforcer par une obligation vestimentaire ? 🔔 Abonnez-vous à Diapason pour suivre nos décryptages sur Madagascar, la refondation, la gouvernance et les transitions politiques africaines.   #Diapason_Think_Tank #Madagascar >> Télécharger la vidéo << Lire l’article Accéder au débat                      

Le patriotisme se porte-t-il ?

Date : 24/07/26 Réflexions autour de l’obligation de la tenue malgache le vendredi   Le Conseil des ministres du 17 juillet a adopté un décret rendant obligatoire, chaque vendredi, le port d’une tenue malgache au sein de l’administration publique. Le texte vise les vêtements qui valorisent l’identité culturelle de Madagascar et les styles propres aux différentes régions du pays. Traditionnels ou modernisés, ils doivent préserver les traits distinctifs du patrimoine vestimentaire malgache, notamment à travers les tissus, fibres, motifs, ornements et accessoires utilisés[1]. Le décret précise toutefois que cette obligation doit respecter la dignité du service public et rester compatible avec les exigences propres à chaque emploi, notamment en matière de sécurité, d’hygiène et de santé au travail. Les agents soumis à un uniforme spécifique continueront donc à le porter lorsque leurs fonctions l’imposent, une précaution nécessaire au regard des contraintes propres à certains métiers de l’administration[2]. La décision du gouvernement prolonge une orientation annoncée le 26 juin, lors de la cérémonie officielle marquant le 66ᵉ anniversaire du recouvrement de l’indépendance, au stade Barea Mahamasina. Les invités avaient alors été encouragés à porter une tenue locale ou un élément représentatif du patrimoine malgache. L’appel avait été largement suivi, donnant à la cérémonie une diversité vestimentaire encore inhabituelle[3]. Une initiative porteuse de sens À l’heure où la mondialisation tend à uniformiser les modes de vie et les références culturelles, la volonté de promouvoir les tenues malgaches apparaît compréhensible. Mais une identité nationale se renforce-t-elle par décret ? Le patriotisme se porte-t-il comme un vêtement ? Jusqu’où l’État peut-il intervenir pour préserver une culture sans réduire l’appartenance nationale à un simple signe extérieur ? On ne peut nier à cette initiative plusieurs aspects positifs : La valorisation du patrimoine culturel ; La visibilité accordée aux identités régionales ; La transmission de traditions parfois fragilisées ; L’affirmation d’une singularité malgache dans un monde uniformisé. Plusieurs pays ont adopté des démarches comparables. Au Bhoutan, les tenues nationales, le gho pour les hommes et la kira pour les femmes, sont portées dans de nombreuses circonstances officielles, notamment dans les administrations et les établissements scolaires[4]. Cette pratique participe à la préservation de la culture, l’un des quatre piliers de la philosophie du bonheur national brut. En Indonésie, le port du batik est encouragé dans les administrations et intégré, dans certaines collectivités, à la tenue des agents publics certains jours de la semaine. Inscrit en 2009 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité[5], il constitue à la fois un marqueur d’identité, un outil de transmission et un soutien aux savoir-faire artisanaux. Au Ghana, le programme National Friday Wear, lancé en 2005, encourage chaque vendredi le port de vêtements confectionnés à partir de tissus locaux et selon des modèles ghanéens. L’objectif est double : renforcer l’identité culturelle et soutenir l’industrie textile nationale. C’est probablement le parallèle le plus proche du cas malgache, le vêtement y étant conçu à la fois comme un symbole et comme un instrument économique. D’autres pays encouragent ponctuellement les tenues traditionnelles lors de cérémonies ou de journées nationales, sans aller jusqu’à une obligation permanente. Dans de nombreux pays, les symboles nationaux, drapeau, hymne, langue, tenues traditionnelles ou commémorations, prennent une importance particulière lorsque la société traverse une période de mutation ou d’incertitude. Souvent jugés secondaires, ils participent pourtant à la construction d’un imaginaire commun. La question n’est donc pas de savoir s’ils sont utiles, mais s’ils peuvent suffire à eux seuls. Cette mesure peut ainsi être comprise comme une volonté de réaffirmer des repères communs dans le contexte actuel de refondation politique et sociale. L’État cherche à valoriser l’identité culturelle malgache à travers une mesure visible et potentiellement fédératrice. Mais si le vêtement peut exprimer un patriotisme vivant, il ne saurait à lui seul le créer. Encore faut-il que le symbole soit compris, accessible et partagé, et qu’il ne se réduise pas à une obligation formelle. Le patriotisme se nourrit aussi de l’éducation, de la mémoire collective, de la confiance dans les institutions et de l’adhésion à un projet national commun. Les limites d’un patriotisme vestimentaire Le vêtement est un symbole puissant, mais il reste un symbole. Porter une tenue traditionnelle peut exprimer un sentiment d’appartenance et rendre visible une identité déjà partagée. Il est en revanche moins certain qu’une obligation vestimentaire suffise à faire naître ce sentiment lorsqu’il est absent. Le risque serait alors que le signe extérieur demeure sans renforcer l’adhésion qu’il est censé traduire. L’attachement à une nation se nourrit d’abord de la connaissance de son histoire. Encore faut-il que celle-ci soit enseignée, transmise et comprise dans toute sa complexité. Les grands moments de la construction nationale, les épreuves traversées collectivement, les figures marquantes et les valeurs héritées contribuent à forger un sentiment d’appartenance qu’aucun symbole vestimentaire ne saurait remplacer. On aime rarement ce que l’on ne connaît pas ; il en va de même pour la nation. La langue est également l’un des principaux vecteurs de l’identité culturelle. Elle porte une vision du monde, une mémoire collective et des références communes. La valorisation des tenues traditionnelles resterait donc incomplète sans un effort équivalent en faveur de la langue malgache, dans sa richesse et sa diversité. Car une culture ne se porte pas seulement ; elle se parle, se transmet et se vit au quotidien. L’adoption, le 1er juillet, de la proposition de loi relative à la politique linguistique et aux droits linguistiques s’inscrit dans cette direction. Le texte prévoit notamment de renforcer l’usage du malgache dans les administrations et les institutions officielles, ainsi que dans les documents administratifs, les décisions de justice et les contrats de travail. Sa portée réelle dépendra toutefois de sa promulgation, de ses modalités d’application et des moyens consacrés à sa mise en œuvre[6]. Le patriotisme repose également sur la confiance accordée aux institutions. Lorsqu’elles apparaissent justes, efficaces et soucieuses du bien commun, elles renforcent le sentiment d’appartenance nationale. À l’inverse, les appels à l’unité perdent de leur portée si les citoyens estiment que les règles ne s’appliquent pas à tous de

Aide publique au développement offshore – Décryptage

Décryptons le sujet… 🎥 Nouveau décryptage Diapason « Aide publique au développement offshore » L’aide au développement est censée financer des routes, des écoles, l’électricité ou les télécommunications. Mais que se passe-t-il lorsque cet argent public transite par des banques de développement, des fonds d’investissement, des structures offshore et de puissants groupes privés ? Dans ce nouveau décryptage, Diapason explique simplement comment un pays peut recevoir une infrastructure utile tout en conservant une faible part de la richesse produite. Nous revenons notamment sur : le rôle de Proparco et des fonds offshore ; le paradoxe d’une Afrique qui perd parfois davantage de capitaux qu’elle ne reçoit d’aide ; le partenariat de 300 millions d’euros annoncé entre Proparco et AXIAN ; la fragmentation des dépendances ; le colonialisme par procuration ; le risque de capture de l’État par indispensabilité ; les conséquences pour Madagascar. Le financement privé peut être utile et nécessaire. Mais une question demeure : qui possède les infrastructures, qui fixe les tarifs, qui contrôle les données, qui perçoit les bénéfices et qui impose les règles ? L’Afrique ne sortira pas de la dépendance en remplaçant des monopoles étrangers par quelques groupes privés locaux financés depuis l’étranger. Elle en sortira lorsque ses États pourront imposer des règles à tous, y compris à ceux dont ils dépendent. Sans cela, le colonialisme ne disparaît pas. Il change juste d’intermédiaire. 🔔 Abonnez-vous à Diapason pour suivre nos décryptages sur Madagascar, la refondation, la gouvernance et les transitions politiques africaines.   #Diapason_Think_Tank #Madagascar >> Télécharger la vidéo << Lire l’article Accéder au débat                      

Aide publique au développement offshore

Date : 17/07/26 L’aide publique au développement repose sur une promesse simple : les pays qui disposent de capitaux soutiennent ceux qui en manquent afin de financer des routes, des écoles, des réseaux électriques ou des services essentiels. Cette promesse reste nécessaire. Mais son architecture s’est profondément transformée. Une part croissante de l’aide ne passe plus directement par les États. Elle emprunte les banques de développement, les fonds d’investissement, les holdings et les grandes entreprises privées. Le paradoxe commence ici : l’argent destiné à renforcer les pays pauvres peut circuler par les mêmes places financières qui permettent à une partie de leur richesse de leur échapper. Le long détour de l’aide En 2014, une controverse éclate autour de Proparco, filiale de l’Agence française de développement (AFD) consacrée au secteur privé. Une question déposée au Sénat français reprend les révélations du Canard enchaîné : plus de 400 millions d’euros auraient été investis en dix ans par l’intermédiaire de sociétés ou de fonds domiciliés notamment à Maurice, aux Îles Caïmans ou au Luxembourg. La réponse officielle ne conteste pas le recours à ces structures. Elle explique que les territoires concernés ne relevaient pas, selon les critères retenus, de la catégorie des juridictions non coopératives[1]. Toute la difficulté tient dans cette nuance. Une place financière peut être offshore, offrir une fiscalité avantageuse et protéger fortement la confidentialité des investisseurs, sans figurer sur une liste noire officielle. La légalité formelle n’efface donc pas la contradiction politique. Proparco affirme aujourd’hui appliquer des procédures strictes contre le blanchiment, la corruption et les détournements, et soutient qu’aucun fonds qu’elle finance n’est enregistré dans une juridiction classée non coopérative[2]. Il ne s’agit donc pas d’affirmer que l’institution organise une fraude. Il s’agit de poser une question plus dérangeante : une opération peut-elle respecter toutes les listes et rester contraire à l’esprit du développement ? Le mécanisme est simple. Un État riche confie de l’argent public à une banque de développement. Celle-ci finance un fonds, parfois établi dans une place internationale choisie pour sa stabilité juridique et fiscale. Le fonds prête ensuite à une entreprise privée qui construit une centrale, un réseau téléphonique ou une infrastructure. Le projet existe réellement. Mais l’entreprise rembourse le prêt, paie des intérêts, verse des dividendes et rémunère plusieurs intermédiaires. Une partie de la valeur produite repart alors vers les investisseurs, parfois par la même route offshore. Le remboursement d’un prêt, le versement d’intérêts ou de dividendes ne sont pas anormaux en eux-mêmes. La question porte sur leur proportion, leur transparence, leur traitement fiscal et la part de valeur durablement conservée dans le pays. Le pays reçoit l’infrastructure. Il ne retient pas nécessairement la richesse. Le continent aidé qui finance le monde L’Afrique est souvent décrite comme un continent qui manque de capitaux. Cette représentation ne dit qu’une moitié de l’histoire. Le continent reçoit de l’aide, des prêts et des investissements, mais il perd aussi des ressources par la fausse facturation commerciale, l’évasion fiscale, les exportations non déclarées, le rapatriement des bénéfices et la fuite des capitaux. La Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) estime à 88,6 milliards de dollars les flux financiers illicites quittant chaque année l’Afrique, soit 3,7 % de son produit intérieur brut. Elle souligne notamment le rôle de la sous-facturation des exportations de matières premières, particulièrement de l’or[3]. À titre d’ordre de grandeur, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) chiffre l’aide bilatérale nette des pays membres du Comité d’aide au développement à 29 milliards de dollars pour l’Afrique en 2025[4]. Ces chiffres ne sont pas strictement comparables. Ils donnent cependant la mesure d’un déséquilibre structurel : les sorties de richesse atteignent des volumes comparables, voire supérieurs, aux apports d’aide les plus visibles. C’est le principe du seau percé. On célèbre les sommes versées par le haut, mais on mesure mal ce qui s’écoule par le bas. Le débat public demande combien l’Afrique reçoit. Il devrait aussi demander combien elle perd avant même d’avoir besoin d’aide. Nairobi 2026 : l’aide change d’échelle L’Africa Forward Summit de Nairobi, en mai 2026, offre une illustration contemporaine de cette transformation. Proparco, Yas et AXIAN Energy y ont signé un protocole stratégique. Il ne s’agit pas d’un marché public remporté par AXIAN, mais d’une intention de Proparco de mobiliser jusqu’à 300 millions d’euros sur trois ans pour soutenir l’expansion des activités du groupe. Les outils envisagés comprennent des financements d’entreprise, des obligations de projets, des co-investissements en capital et des fonds concessionnels[5]. Le périmètre est considérable : télécommunications, centres de données, services numériques, mobile money, microcrédit, assurance, solaire, hydroélectricité, stockage, mini-réseaux et mobilité électrique. La finance publique du développement ne finance plus seulement un pont ou une centrale. Elle accompagne l’expansion d’un groupe privé intégré dans plusieurs fonctions essentielles. Ce soutien s’ajoute à d’autres concours internationaux. La Banque africaine de développement (BAD) a approuvé un prêt de 160 millions de dollars[6] à AXIAN Telecom. La Banque européenne d’investissement (BEI) a engagé 100 millions de dollars pour développer les réseaux mobiles à Madagascar et en Tanzanie. Ces montants ne doivent pas être additionnés comme s’ils finançaient un seul projet. Ils montrent toutefois une tendance : les institutions publiques et multilatérales confient des volumes croissants à un nombre limité de groupes privés jugés capables de les absorber. Le partenariat entre Proparco et AXIAN ne prouve pas que les financements annoncés transiteront par une juridiction offshore. Il illustre un second mouvement, distinct mais complémentaire : la finance publique du développement ne passe plus seulement par les États ou par des projets clairement identifiés. Elle accompagne désormais l’expansion de groupes privés intégrés, capables d’occuper plusieurs fonctions stratégiques. La fragmentation des dépendances La dépendance ancienne était lisible. Un pays dépendait d’une puissance étrangère, d’un bailleur ou d’une multinationale. La dépendance contemporaine est morcelée. Le financement peut être français, la garantie européenne, le prêt multilatéral, l’opérateur africain, la technologie asiatique, la holding installée dans une autre juridiction et les services déployés dans plusieurs États. Personne ne paraît contrôler seul l’ensemble. Mais l’État national

L’histoire se répète – Décryptage

Décryptons le sujet… 🎥 Nouveau décryptage Diapason « Ceux qui ne peuvent pas apprendre de l’histoire sont condamnés à la revivre. » Depuis l’indépendance, Madagascar semble revenir régulièrement au même cycle : crise politique, perte de confiance, autorité d’exception, promesse de refondation, puis fragilité institutionnelle. Dans ce décryptage, Diapason revient sur une question centrale : Madagascar est-elle en train de répéter une trajectoire déjà connue ? L’analyse part de l’histoire politique du pays depuis 1960, avec ses ruptures majeures : 1972, 1975, 1991, 2002, 2009 et 2025. Elle s’arrête ensuite sur la période Ratsiraka, marquée par la malgachisation : une ambition de souveraineté légitime, mais affaiblie par un manque de méthode, de préparation et d’institutions solides. Le parallèle avec la transition actuelle conduite par le PRRM interroge : la refondation annoncée permettra-t-elle de rompre avec le cycle, ou risque-t-elle de reproduire les mêmes réflexes : pouvoir d’exception, souveraineté proclamée, dépendance déplacée, rapprochement stratégique avec une nouvelle puissance extérieure ? La vraie souveraineté ne consiste pas à remplacer Paris par Moscou. Elle consiste à construire un État capable de tenir ses promesses : école, justice, administration, budget, libertés, calendrier et contre-pouvoirs. Une transition ne se juge pas seulement à ce qu’elle promet. Elle se juge aux limites qu’elle accepte, aux institutions qu’elle restaure, au calendrier qu’elle respecte et aux libertés qu’elle protège. 🔔 Abonnez-vous à Diapason pour suivre nos décryptages sur Madagascar, la refondation, la gouvernance et les transitions politiques africaines.   #Diapason_Think_Tank #Madagascar >> Télécharger la vidéo << Lire l’article Accéder au débat                      

Ceux qui ne peuvent pas apprendre de l’histoire sont condamnés à la revivre

Date : 10/07/26 Ce titre est tiré d’une phrase de George Santayana (1863-1952, écrivain et philosophe américano-hispanique) qui résonne avec une force particulière lorsqu’on observe l’histoire politique de Madagascar depuis l’indépendance. L’infographie des chefs de l’État malgache ne montre pas seulement une succession de noms, de mandats et de transitions. Elle révèle une mécanique. Depuis 1960, Madagascar ne change pas seulement de dirigeants. Madagascar revient régulièrement au même point : crise politique, suspension de la confiance, intervention d’une autorité d’exception, promesse de refondation, puis reconstruction fragile d’un ordre institutionnel qui, quelques années plus tard, se fissure à nouveau. La moyenne des mandats dit quelque chose d’important. Si l’on regarde les séquences institutionnelles ligne par ligne, Madagascar vit rarement des cycles longs et apaisés. Les présidences élues alternent avec les intérims, les transitions, les destitutions, les périodes de fait. Certains dirigeants durent longtemps, mais l’État, lui, reste instable. Tsiranana, Ratsiraka, Ravalomanana, Rajoelina ont incarné des durées politiques significatives. Pourtant, leurs fins de cycle ont souvent été marquées par la rue, la crise, l’empêchement ou la rupture. C’est le paradoxe malgache : le pays a beaucoup connu d’institutions, mais trop peu de continuité institutionnelle. Beaucoup d’élections, mais peu de confiance durable dans le verdict des élections. Beaucoup de transitions, mais peu de transformations. Beaucoup de discours de rupture, mais souvent le retour des mêmes pratiques de concentration du pouvoir. Dans cette histoire, la période Ratsiraka occupe une place particulière. Elle ne fut pas seulement une longue séquence politique. Elle fut une tentative de redéfinition totale de l’État, de l’école, de l’économie et de la souveraineté. Arrivé au pouvoir dans le sillage des crises de 1972 et 1975, Didier Ratsiraka porta une ambition qui, au départ, répondait à une demande réelle : sortir du face-à-face colonial, rompre avec la dépendance française, redonner une dignité politique et culturelle au peuple malgache. La malgachisation La malgachisation fut au cœur de cette ambition. Elle n’était pas absurde en elle-même. Valoriser la langue malgache, repenser l’école, adapter les contenus aux réalités nationales, sortir d’une dépendance intellectuelle héritée de la colonisation : tout cela relevait d’une aspiration légitime. Madagascar ne pouvait pas se construire durablement si son école formait des enfants dans une langue que la majorité maîtrisait mal, pour un État qui reproduisait les hiérarchies coloniales. Les travaux sur les politiques linguistiques rappellent d’ailleurs que le malgache était langue d’enseignement dans la plupart des écoles avant la colonisation française, et que l’administration coloniale a fermé les écoles qui n’utilisaient pas le français[1]. Mais la question centrale n’est pas l’intention. Elle est la méthode. Et c’est là que l’histoire devient un avertissement. La malgachisation ratsirakienne a souvent confondu souveraineté et substitution. Elle a voulu remplacer un système par un autre sans avoir suffisamment préparé les enseignants, les manuels, les passerelles linguistiques, les outils scientifiques et les débouchés. Elle a prétendu libérer l’école, mais elle a contribué à la désorganiser. Elle a voulu réparer une fracture coloniale, mais elle a produit une nouvelle fracture sociale : les élites ont continué à protéger leurs enfants par le privé, le français ou l’étranger, tandis que l’école publique absorbait les conséquences d’une réforme mal calibrée. C’est l’une des tragédies malgaches. Une idée juste peut devenir destructrice lorsqu’elle est conduite comme une proclamation idéologique plutôt que comme une politique publique. Des études récentes sur les politiques linguistiques à Madagascar soulignent la persistance d’un dualisme malgache-français mal résolu, la faiblesse des compétences linguistiques dans le système scolaire, ainsi que les effets de politiques successives inabouties sur les apprentissages. L’infographie économique donne à cette lecture une profondeur supplémentaire. La période Ratsiraka 1976-1990 affiche une croissance annuelle moyenne du PIB faible, autour de 0,89 %, et une croissance du PIB par habitant négative, autour de -1,97 %. Autrement dit, le pays pouvait donner l’apparence d’un État souverain, d’un discours révolutionnaire et d’une stabilité politique, mais la population ne s’enrichissait pas. La crise de 1991, qui suit l’usure du régime, confirme la violence du choc : le PIB et le PIB par habitant plongent. La souveraineté proclamée n’avait pas produit une souveraineté productive. C’est ici que le parallèle avec la situation actuelle devient préoccupant. Le PRRM arrive, lui aussi, après une crise profonde. Il parle de refondation, de souveraineté, de rupture avec l’ancien système. Il se présente comme une autorité d’exception appelée à remettre le pays debout. La HCC a constaté, le 14 octobre 2025, la vacance de la présidence après avoir estimé qu’Andry Rajoelina n’était plus en mesure d’exercer ses fonctions, parlant d’« abandon passif du pouvoir ». Elle a invité le colonel Michaël Randrianirina à exercer les fonctions de Chef de l’État, tout en rappelant que l’élection d’un nouveau président devait intervenir dans un délai de trente à soixante jours après la constatation de la vacance[2]. Une décision ultérieure de la HCC, rendue le 18 novembre 2025, a ensuite précisé que cette autorité militaire constituait une structure chargée de diriger le pays pendant une période limitée, composée de cinq officiers supérieurs, dont le colonel Randrianirina comme président et quatre hauts conseillers[3]. Ce cadre donne une forme institutionnelle à la transition. Mais il ne résout pas la question politique fondamentale : la refondation est-elle une étape vers des institutions plus fortes, ou le début d’un nouveau pouvoir d’exception ? L’histoire malgache oblige à poser cette question sans naïveté. La transition actuelle ne se contente pas d’administrer le pays dans un temps court. Elle prétend refonder. Or, depuis 1972, presque chaque rupture malgache s’est accompagnée d’un vocabulaire de refondation. Chaque crise a promis une nouvelle République, une nouvelle morale publique, une nouvelle souveraineté, un nouveau départ. Pourtant, le cycle s’est répété. Ce qui inquiète aujourd’hui n’est donc pas seulement l’existence d’une transition. C’est l’orientation possible de cette transition. Le PRRM semble réactiver certains réflexes ratsirakiens : souveraineté conçue comme rupture symbolique, pouvoir militaire présenté comme garant du salut national, discours anti-dépendance, recherche d’alliances alternatives, proximité croissante avec Moscou. Là encore, la nuance est nécessaire. Diversifier les partenaires de Madagascar n’est pas un problème en soi. La

Madagascar 2026 – Quand la démocratie change de nature – Décryptage

Décryptons le sujet… 🎥 Nouveau décryptage Diapason 🇲🇬 Madagascar 2026 : Quand la démocratie change de nature. Les élections existent. Les institutions fonctionnent. Les partis politiques sont présents. Mais une question mérite d’être posée : Ces institutions limitent-elles encore réellement l’exercice du pouvoir ? Dans ce nouveau décryptage, Diapason analyse le Democracy Report 2026 du V-Dem Institute et le confronte aux faits observés à Madagascar : qualité des élections, espace civique, liberté d’informer, contre-pouvoirs et trajectoire institutionnelle. L’objectif n’est pas de qualifier un régime politique, mais de comprendre comment une démocratie peut évoluer sans nécessairement disparaître. 🎙️ Une analyse fondée sur des rapports internationaux, des faits documentés et les travaux de recherche de Diapason. Au programme : • Que mesure réellement le V-Dem Institute ? • Pourquoi Madagascar est-il désormais classé parmi les nouveaux pays en autocratisation ? • Les faits confirment-ils cette trajectoire ? • Quels enseignements tirer des expériences de la Zambie, du Sénégal, de Maurice, du Mozambique et du Togo ? 💬 Et vous, selon vous, quelles sont aujourd’hui les fonctions essentielles d’une démocratie ? 🔔 Abonnez-vous à Diapason pour suivre nos décryptages sur Madagascar, la refondation, la gouvernance et les transitions politiques africaines.   #Diapason_Think_Tank #Madagascar >> Télécharger la vidéo << Lire l’article Accéder au débat                      

Madagascar 2026 : quand la démocratie change de nature

Date : 03/07/26 Les élections subsistent, les institutions fonctionnent, mais limitent-elles encore réellement le pouvoir ?   À Madagascar, la démocratie continue de fonctionner selon des mécanismes électoraux et institutionnels. La question est de savoir si ces mécanismes conservent pleinement leur capacité à limiter l’exercice du pouvoir. Les élections continuent d’être organisées. Les institutions fonctionnent. Les partis politiques existent. Les médias publient. Les tribunaux rendent leurs décisions. La société civile demeure active. C’est précisément ce qui rend le débat plus complexe qu’il n’y paraît. La question n’est pas de savoir si la démocratie existe encore. Elle consiste à déterminer si elle remplit toujours sa fonction première : limiter le pouvoir, protéger les libertés publiques et garantir une alternance politique crédible. Un signal extérieur qui interroge une trajectoire Le Democracy Report 2026 du V-Dem Institute[1] apporte un éclairage extérieur à cette interrogation. Il classe Madagascar parmi les dix nouveaux pays identifiés comme étant entrés dans une trajectoire d’autocratisation en 2025, avec un épisode dont le début est situé en 2022. Le pays est désormais classé parmi les « autocraties électorales » et obtient un score de 0,19 à l’indice de démocratie libérale, contre 0,36 à l’indice de démocratie électorale. Cet écart n’est pas un simple résultat statistique. Il traduit une différence essentielle entre l’existence de mécanismes électoraux et la qualité des garanties qui les entourent. Autrement dit, un pays peut continuer à organiser des élections tout en voyant s’affaiblir progressivement les contre-pouvoirs, les libertés publiques, l’égalité devant la loi ou la capacité des institutions à contrôler l’exercice du pouvoir. C’est précisément cette évolution que le rapport invite à observer. Que mesure réellement le V-Dem Institute ? Le Varieties of Democracy Institute (V-Dem) est un programme de recherche de l’Université de Göteborg qui mesure l’évolution des démocraties à partir de plusieurs centaines d’indicateurs institutionnels. Son intérêt ne réside pas dans un simple classement des pays. Il cherche avant tout à identifier des trajectoires : les institutions démocratiques se renforcent-elles ou s’affaiblissent-elles au fil du temps ? Dans son édition 2026, le rapport classe Madagascar parmi les nouveaux pays en autocratisation et souligne notamment une dégradation de la qualité des élections ainsi que de l’espace civique. Ces constats constituent le point de départ de l’analyse proposée dans cet article, qui les confronte aux faits observables et aux travaux menés par Diapason. Ce diagnostic doit toutefois être lu avec rigueur. Le V-Dem Institute ne distribue ni labels politiques ni jugements moraux. Son approche repose sur l’observation de centaines d’indicateurs suivis dans le temps afin d’identifier des trajectoires institutionnelles. Être classé parmi les pays en autocratisation ne signifie donc pas qu’un État est devenu une dictature ou que toute compétition politique a disparu. Cela signifie qu’un ensemble de mécanismes démocratiques se dégradent de façon suffisamment cohérente pour être détectés par des méthodes comparatives. Cette distinction est essentielle. Elle invite à dépasser les débats de qualification pour s’interroger sur une réalité plus concrète : les institutions continuent-elles à exercer leur fonction de contre-pouvoir ou deviennent-elles progressivement moins capables de limiter l’action de l’exécutif ? C’est à cette question que les faits observables doivent désormais répondre. Les cinq fonctions d’une démocratie Une démocratie ne se réduit pas à la tenue régulière d’élections. Elle repose sur plusieurs fonctions qui, ensemble, donnent du sens aux institutions. Organiser des élections crédibles Les élections doivent permettre aux citoyens de choisir librement leurs dirigeants, dans un cadre reconnu comme équitable par les principaux acteurs politiques. Protéger les libertés publiques La liberté d’expression, de réunion, d’association et d’information constitue le socle minimal d’une vie démocratique réelle. Limiter le pouvoir Une démocratie doit empêcher la concentration excessive du pouvoir entre les mains d’un seul acteur, d’un seul parti ou d’un seul groupe d’intérêts. Garantir les contre-pouvoirs Parlement, justice, médias, société civile et institutions de contrôle doivent pouvoir agir sans dépendance excessive vis-à-vis de l’exécutif. Permettre l’alternance Une démocratie reste vivante lorsque l’opposition peut accéder au pouvoir par les urnes, sans blocage institutionnel, intimidation ou déséquilibre structurel. Lecture Diapason : lorsque ces cinq fonctions s’affaiblissent, la démocratie ne disparaît pas nécessairement. Elle peut continuer d’exister formellement, tout en perdant progressivement sa capacité à protéger la société contre la concentration du pouvoir. Lorsque les faits confirment les indicateurs La première série de signaux concerne le processus électoral. Une démocratie ne se réduit pas à l’organisation régulière d’un scrutin. Elle suppose également que les principaux acteurs reconnaissent les règles de la compétition comme équitables et que les citoyens puissent exercer librement leur choix. L’élection présidentielle de 2023 s’est déroulée dans un contexte de boycott d’une partie de l’opposition, de contestations sur les conditions du scrutin et de dispersion de plusieurs manifestations. Pris isolément, chacun de ces éléments peut être interprété différemment. Ensemble, ils interrogent cependant la qualité du cadre électoral, ce qui rejoint l’un des principaux indicateurs mis en avant par le V-Dem Institute. Les indicateurs internationaux n’ont toutefois de valeur que s’ils trouvent une traduction dans les faits. Une trajectoire d’autocratisation ne se mesure pas à un événement isolé mais à l’accumulation de décisions, de pratiques et de signaux qui, pris séparément, peuvent sembler ordinaires, mais qui, observés dans la durée, modifient progressivement l’équilibre entre pouvoir et contre-pouvoir. C’est précisément cette logique cumulative qui apparaît dans plusieurs événements survenus à Madagascar depuis 2022. Aucun d’entre eux ne suffit, à lui seul, à conclure à une érosion démocratique. Ensemble, ils dessinent cependant une évolution qui mérite d’être examinée. La deuxième série de signaux concerne l’espace civique. Dans une démocratie, les organisations de la société civile jouent un rôle qui dépasse largement la défense d’intérêts particuliers. Elles documentent les politiques publiques, accompagnent les populations, produisent une expertise indépendante et contribuent à maintenir un espace de débat entre les citoyens et les institutions. Lorsque leur capacité d’action se réduit, c’est l’ensemble de l’écosystème démocratique qui perd en vitalité. C’est dans cette perspective qu’il faut lire les observations du V-Dem Institute. Le rapport relève que Madagascar figure parmi les pays où le contrôle exercé par les autorités sur l’entrée

Les Chagos – Quand la puissance défie le droit – Décryptage

  Décryptons le sujet… 🎥 Nouveau décryptage Diapason 🌍 Les Chagos : quand la puissance défie le droit Donald Trump peut-il vraiment acheter les Chagos ? Derrière cette annonce se cache une question beaucoup plus importante : Que vaut le droit international lorsqu’il se heurte aux intérêts stratégiques des grandes puissances ? Dans ce décryptage, Diapason analyse : 🔹 Pourquoi Diego Garcia est l’une des bases militaires les plus stratégiques au monde. 🔹 Pourquoi les Chagos sont devenus un symbole du retour de la géopolitique. 🔹 Pourquoi la géographie redevient un facteur central de la puissance. 🔹 Ce que cette affaire révèle sur les limites du droit international. 🔹 Et surtout, pourquoi Madagascar est directement concerné à travers le dossier des Îles Éparses. Au-delà de l’actualité, cette analyse montre que les territoires stratégiques ne disparaissent pas avec la mondialisation. Ils redeviennent les pivots des rapports de force internationaux. Les Chagos ne sont pas seulement un dossier mauricien. Ils annoncent une nouvelle phase de la compétition mondiale. 🎥 Regardez, analysez et partagez. 💬 Selon vous, Madagascar devrait-elle s’inspirer du précédent des Chagos pour faire avancer le dossier des Îles Éparses ? 🔔 Abonnez-vous à Diapason pour suivre nos décryptages sur Madagascar, la refondation, la gouvernance et les transitions politiques africaines.   #Diapason_Think_Tank #Madagascar >> Télécharger la vidéo << Lire l’article   Accéder au débat                      

Webinaires – Concertation nationale ou Fabrique du consentement ?

Le Think Tank Diapason organise son prochain Webinaire : 🗓 Jeudi 02/07/25 🕕 à 19h (Fr) > ou 21h (Madagascar) En direct sur Facebook : https://www.facebook.com/diapasonmg YouTube : https://www.youtube.com/@diapasonmada/streams Le thème que nous aborderons avec nos 3 panélistes : Concertation nationale ou Fabrique du consentement ? Venez poser vos questions ! Avec, Gilles Yabi, Océane Ranjeva, Gaëlle Borgia Description :Madagascar traverse une séquence décisive. Après la rupture politique, après les promesses de refondation, après les appels au dialogue, une question demeure : la concertation nationale permettra-t-elle réellement de rendre la parole au peuple, ou risque-t-elle de devenir une procédure de validation d’un pouvoir déjà en place ? Dans ce webinaire Diapason, nous poserons une question simple, mais essentielle :qui écoute, qui trie, qui synthétise, et qui décide ? Avec : Gilles Yabi : Fondateur de WATHI, économiste et journaliste, pour replacer le cas malgache dans une perspective africaine. Océane Ranjeva Rabetafika : Consultante en stratégie d’influence, intelligence économique et lobbying, pour interroger la place de la jeunesse, de la mobilisation et de la participation réelle. Gaëlle Borgia : Journaliste reporter, prix Pulitzer, pour éclairer les enjeux d’information, de transparence et de libertés publiques. Modération : Tin Rakotomalala (Président de Diapason) 📆  Jeudi 2 juillet 2026🕖  19h France | 20h Madagascar📺  En direct sur YouTube et Facebook La concertation peut être un outil démocratique.Mais elle peut aussi devenir une fabrique du consentement. Venez poser vos questions en direct.   #Diapason_Think_Tank #Madagascar

Comité de Rédaction