Réflexions sur la Réforme et Initiatives Éducatives à Madagascar

Diapason est un « think tank » qui veut poser des questions, nourrir le débat, valoriser les initiatives et favoriser l’innovation socio-économique et politique pour le développement de Madagascar. Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles du think tank. Nos valeurs Boussole / Cap Indépendance politique Multiculturel Vision à long terme Trait d’union entre savoir et pouvoir Éducation Recul nécessaire Liberté d’action Disruptif Bonne lecture ! L’Éducation à Madagascar : Un Système en Crise Parler de l’éducation à Madagascar, c’est dresser le bilan d’un échec systémique et sociétal multiple. Cet échec s’inscrit dans une certaine complexité et fait appelle à une analyse rigoureuse des problèmes pour élaborer des solutions adaptées et intentionnelles. Réformer l’éducation à Madagascar ne se résume donc pas à une seule mesure. C’est une démarche holistique, impliquant plusieurs strates sociétales, notamment l’individu, les régions et la nation. Une vision novatrice et transformative est nécessaire pour développer des initiatives durables et inclusives à tous ces niveaux. Il s’agit à la fois de conduire une réforme éducative intrinsèquement liée à une volonté d’instaurer une égalité sociale durable. In fine, réformer l’éducation à Madagascar, c’est avoir une grande vision nationale capable de naviguer dans le système complexe d’une économie moderne et globale, assurant ainsi la prospérité à long terme de chaque individu, tourné vers une aspiration collective que les Malgaches expriment dans leur hymne national : «… Hiadana sy ho finaritra, He sambatra tokoa izahay » Ancrer l’Éducation dans l’Individu et le Développement Une réforme éducative doit s’intégrer dans une perspective de développement individuel d’abord, puis global. Une éducation qui ne favorise pas l’épanouissement et la croissance des individus engendre frustration et inégalités. L’histoire récente de Madagascar montre qu’un système éducatif inéquitable peut conduire à une révolution. Dans un contexte où la majorité des Malgaches n’a pas accès à une éducation de qualité, le risque d’une explosion sociale due à des inégalités criantes est palpable. D’où la nécessité d’une réforme éducative centrée sur l’individu. Cette transformation requiert un changement de mentalité à l’échelle nationale. La société malgache doit se libérer du fatalisme et de la résignation pour embrasser une dynamique de participation active et créative, individuelle et collective, institutionnelle et communautaire. Repenser le Rôle de l’Individu dans l’Éducation Le changement doit commencer par une prise de conscience individuelle. Les Malgaches ne doivent pas attendre des politiques l’impulsion du changement ; il doit naître de leur volonté de réussir. Mais comment susciter cette prise de conscience collective ? C’est ici que la force de l’individu combinée à l’éducation entre en jeu. Tout comme chaque vote compte lors des élections, chaque action individuelle est cruciale pour le développement du pays. Les initiatives personnelles et locales sont les fondations du changement collectif. Comprendre que la réussite commence par un effort personnel et que l’objectif ultime de chacun est la réussite économique permet de transformer cette réussite individuelle en prospérité collective. L’éducation est le creuset de cette transformation qui repose sur le potentiel de chaque individu à contribuer au changement. En reconnaissant et en activant ce potentiel, les individus peuvent transformer leur propre vie et contribuer au développement national à travers une éducation adaptée et intentionnelle. Ce chemin vers le changement est parsemé de défis, mais avec une prise de conscience individuelle et une volonté indomptable, tout est possible. Vers une Transformation Collective Madagascar ne peut plus se contenter de blâmer son héritage colonial ou ses politiques actuelles. La société malgache doit se reconnaître comme l’agent de son propre changement. La résignation doit céder la place à une dynamique de participation active. Pour qu’un véritable changement se produise, il est essentiel pour chaque individu de s’arrêter, de se poser les bonnes questions et de redéfinir les objectifs collectifs. Cette introspection collective doit toucher tous les niveaux de la société : l’individu, la communauté et les institutions. Dans ce processus continu de réforme de l’éducation ancrée sur l’individu à la communauté exige une remise en question progressive, partant de l’individu pour aboutir à une transformation collective. Madagascar pourra ainsi construire une éducation de qualité, accessible à tous, et porteuse d’un avenir prometteur pour tous ses citoyens. Conclusion Dans le contexte actuel de Madagascar (Madagascar fait partie des 46 Pays les moins avancés (PMA) désignés par les Nations Unies), l’approche éducative que nous proposons ici souligne l’importance d’intégrer chaque individu composant du tissu socio-culturel et économique du pays avec un nouveau modèle de pensée, d’effort et de travail pour accélérer le changement. Cette nouvelle approche du système éducatif doit mettre l’accent sur le développement de l’individu pour le préparer à un marché du travail en évolution, contribuant ainsi au développement et à la croissance économique du pays. Des modèles de réussite individuelle existent déjà et peuvent inspirer, ouvrant la voie à un développement durable et une croissance économique grâce à chaque potentiel éducatif individuel. Parce que chaque Malagasy compte ! Fabien Razakandrainibe PhD Écologie – Sorbonne Université Éditeur en Chef et Co-fondateur Madagascar Media Bibliographie : “Madagascar: A Short History » – Solofo Randrianja and Stephen Ellis, 2009, Indiana University Press. Cet ouvrage fournit une histoire détaillée de Madagascar, y compris les aspects liés à l’éducation et aux inégalités sociales qui ont contribué à des bouleversements politiques. « The Madagascar Uprising of 1947: A Reappraisal » – By Philip M. Allen Un article académique qui examine les causes profondes de l’insurrection de 1947, y compris les inégalités économiques et éducatives. « Madagascar: Poverty Reduction Strategy Paper » – By International Monetary Fund Ce document stratégique aborde les défis éducatifs et les inégalités à Madagascar, en soulignant les réformes nécessaires pour réduire la pauvreté. « Political Economy of Madagascar » – By William L. Sharp Cet ouvrage explore les aspects économiques et politiques de Madagascar, y compris les effets des inégalités éducatives sur la stabilité politique. « Education and Social Change in Madagascar » – By Michael Lambek Une analyse anthropologique de l’impact de l’éducation sur les changements sociaux à Madagascar. « Educational Inequality and Political Unrest in Madagascar » – By various authors in academic journals Articles de journaux
Adhésion de MADAGASCAR à l’Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires (OHADA), pourquoi pas ?

Les débats ne sont pas nouveaux, loin de là. Peut-être sont-ils plus âgés que l’OHADA elle-même… À une étape de l’histoire, Madagascar a failli être parmi les membres fondateurs de cette organisation. En tout cas, Madagascar n’en a jamais été très loin… Tellement proche que les réformes législatives en Droit des affaires en début des années 2000 ont inscrit quelques extraits des Actes Uniformes de l’OHADA, ces actes qui instaurent les règles communes applicables au sein de ses États membres, dans la législation malgache actuellement en vigueur. Les débats ne sont pas nouveaux, certes, mais le contexte l’est. Et forcément, les conclusions s’ajustent. Hier, elles étaient dans le questionnement du « pourquoi » ? « Pourquoi intégrer l’OHADA et s’astreindre à l’ensemble des actes uniformes si le législateur pouvait simplement copier quelques dispositions estimées séduisantes » ? Aujourd’hui, le contexte appelle une reconsidération des positions réfractaires. « Pourquoi pas ? ». En effet, les relations d’affaires ont évolué, l’OHADA a évolué, et surtout, Madagascar a évolué. Des relations d’affaires transnationales Tout d’abord, là où certains ont élevé une méfiance contre l’OHADA, en l’associant à certains passifs historiques (à tort ou à raison, il s’agit d’un autre sujet), il est important de rappeler que la géographie, plus que l’histoire, tisse des liens dont l’irréversibilité nous oblige. Fait constant et immuable, la proximité géographique doit être apprivoisée et exploitée, notamment dans les relations d’affaires. D’ailleurs, les investisseurs et les opérateurs économiques l’ont bien compris : les relations commerciales ont enjambé les frontières nationales. Le Droit, instrument de régulation des phénomènes sociaux préalablement observés, doit leur emboiter les pas pour pouvoir continuer de les régenter. Ces relations, désormais affranchies des frontières nationales, requièrent un Droit répondant aux mêmes critères, un Droit affranchi des variations identitaires. En effet, pour le Droit des affaires, plus que tout autre Droit, la vocation expansionniste des activités d’entreprise à régir rend les revendications identitaires nationales anachroniques. Ces affirmations identitaires se trouvent légitimes et même cardinales pour la préservation de la culture dans les disciplines comme le Droit de la famille ou le Droit répressif, mais elles ne se conjuguent pas avec l’objectif du Droit des affaires qui est de fluidifier les activités d’entreprises et d’en être un outil d’impulsion. Le raisonnement est simple : un droit transfrontalier pour une matière transfrontalière. Dans ce sens, les Actes Uniformes de l’OHADA constituent des outils formidables, en ce qu’ils permettent de régir les interactions de la même manière d’un pays à un autre, supprimant ainsi les imprévisibilités territoriales. Une OHADA inclusive L’OHADA a évolué. En 30 ans d’existence, son efficacité est avérée, n’ayant enregistré aucun retrait d’un État membre, et bien au contraire, accueillant trois nouveaux États. Elle est l’organisation continentale réunissant le plus grand nombre de pays, après l’Union Africaine. Ces États membres l’ont doté d’une grande capacité d’inclusion. Dans ce sens, la révision du traité fondateur a inscrit l’anglais, l’espagnol et le portugais comme les langues de travail qui s’ajoutent au français prévu par la version initiale du Traité. L’inclusion est également vérifiable avec la démocratisation du processus normatif réalisée par la création, dans les États membres, des Commissions Nationales OHADA. Ces Commissions, étant constituées d’experts nationaux, garantissent le pragmatisme et l’adéquation avec les réalités et les contraintes nationales des avant-projets d’Actes Uniformes. Elles s’assurent, entre autres, de la pertinence des substances des avant-projets d’actes uniformes pour leurs États et surtout de sa concordance avec les engagements, notamment internationaux, déjà pris par leurs États respectifs. De plus, sur le plan judiciaire, l’OHADA enregistre une avancée dans la facilitation de l’accès à la justice et aux décisions judiciaires. Dorénavant, avec l’organisation des audiences foraines, la Cour se déplace dans les autres pays membres et y tient ses audiences. À cette accessibilité physique de la Cour s’ajoute une accessibilité en ligne de ces décisions. Cette mise en ligne des décisions de la CCJA permet aux juges nationaux, interprètes des Actes Uniformes parce qu’ils tranchent en première instance et en instance d’appel les contentieux des affaires, de s’informer sur les positions interprétatives de la Cour. Grâce à cette accessibilité, ils appliquent le Droit des affaires OHADA en étant avisé des interprétations données par la Cour de Cassation Commune. De cette manière, le système OHADA garantit une égale application de son Droit à l’intérieur de son espace, indépendamment de l’État considéré. Cette accessibilité des décisions judiciaires concourt à la prévisibilité de l’interprétation des textes de lois, prévisibilité qui fait souvent défaut au niveau national et y entretient une insécurité judiciaire. Par ailleurs, l’existence de l’École Régionale de la Magistrature de l’OHADA (ERSUMA) renforce ces mécanismes d’harmonisation en amont des décisions judiciaires. En effet, à travers les sessions de formation et perfectionnement dispensées par l’ERSUMA, l’Organisation dispense aux professionnels du Droit (magistrats, avocats, juristes du secteur privés, notaires, huissiers, …) et des chiffres (les experts comptables et les comptables) des sessions de formations et de perfectionnement sur le Droit harmonisé. Ces sessions permettent de prévenir les divergences d’application. Un Madagascar plus ambitieux Madagascar a aussi grandement évolué. Les visions et les dynamiques nationales progressent. Madagascar met dorénavant un point d’honneur, et à juste titre eu égard à ses potentiels, à se positionner sur la scène africaine. Comme tout pays, il a constaté l’échec de l’utopie mondialiste et se tourne un peu plus vers ses voisins de l’Afrique continentale. Il travaille son attractivité pour attirer les investisseurs, notamment avec la création et l’opérationnalisation de l’Économic Development Board of Madagascar (EDBM). Agence de promotion des investissements, l’EDBM a pour mission d’œuvrer pour l’attractivité et la compétitivité de Madagascar en matière d’investissement. Il accompagne les investisseurs dans leurs démarches d’implantation et d’expansion à Madagascar. Parallèlement, plusieurs actions concertées sont également engagées pour l’amélioration du climat des affaires. Deux méritent d’être brièvement mentionnées pour leur lien avec l’OHADA. La première est la dynamique de réflexion universitaire engagée depuis 2022. Si la pertinence de l’adhésion de Madagascar à l’OHADA a toujours été discutée entre les praticiens du Droit (relevant du secteur judiciaire et du secteur privé) et entre les investisseurs, le cercle des acteurs aux débats s’est étendu aux
L’éducation à Madagascar

Diapason est un « think tank » qui veut poser des questions, nourrir le débat, valoriser les initiatives et favoriser l’innovation socio-économique et politique pour le développement de Madagascar. Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles du think tank. Nos valeurs Boussole / Cap Indépendance politique Multiculturel Vision à long terme Trait d’union entre savoir et pouvoir Éducation Recul nécessaire Liberté d’action Disruptif Bonne lecture ! Suite à la Conférence « Quid de l’Éducation à Madagascar ? » organisée par DIAPASON du 27 Juin 2024 à l’Espace Bernanos[1], j’ai émis quelques réactions à la demande d’un des organisateurs. Je suis un médecin malgache à la retraite, et j’ai déjà occupé le poste de Secrétaire Général du Ministère de la Santé à Madagascar pendant quelques mois, ainsi que divers postes à responsabilité au sein de ce même ministère durant vingt-cinq ans environ. Aussi, ai-je travaillé dans différents projets financés par les Partenaires Techniques et financiers (PTF) – USAID, GTZ, Coopérations française, japonaise et suisse… travaillant dans le pays en tant que chargé de programme ou consultant. Pendant quelques années, j’ai occupé par ailleurs des postes en tant que fonctionnaire dans les organisations du Système des Nations Unies à Madagascar, comme l’UNICEF, l’OMS et l’UNFPA. Mais, des expériences en tant que consultant dans des projets de développement m’ont aidé à avoir une vue plus globale du développement à Madagascar ainsi que des facteurs déterminants de la pauvreté de la grande Ile. Et notamment, j’ai fait partie d’une équipe pluridisciplinaire au sein de la Primature pour l’élaboration d’un programme de 2 ans de transition du gouvernement de Madagascar entre 2014 et 2016, financée par le PNUD. Je coordonnais alors une équipe chargée du volet social, santé, éducation, formation technique professionnelle et emploi. Le document a été bel et bien élaboré avec la participation des ministères publics et des régions, mais n’a été malheureusement pas mis en œuvre. Ma contribution à l’enseignement supérieur à la Faculté de médecine de Madagascar, en tant que spécialiste en santé publique a étoffé enfin mes expériences en éducation. Mes réactions font suite à la lecture du Verbatim. Mes réflexions, mes expériences et les échanges sans fin avec mes compatriotes et mes collègues de travail ainsi que ma vision des choses sur la situation qui prévaut à Madagascar, en tant que citoyen d’abord et en tant que technicien travaillant à Madagascar pendant plus de 40 ans ensuite m’amènent à m’introduire dans le débat sur l’éducation et à émettre les quelques réflexions suivantes. MES RÉACTIONS C’est surtout les propos du Pr Rabesa Zafera qui m’ont interpellé quand il a dit : “…un problème de mauvaise définition de l’ambition de l’école… Le respect de l’ordre, de la rigueur et de la discipline… Et bien évidemment d’autres valeurs humaines telles que la persévérance, le goût du travail, le goût de la compétition, le culte de l’excellence, tout ce qui est compétition, toutes ces valeurs ont disparu complètement dans le système éducatif post-72… Au niveau des valeurs sociales, la liberté, la justice, la loyauté, l’équité, la responsabilité, le respect, toutes ces valeurs sociales ont également disparu parce que les responsables politiques ne se sont plus préoccupés de la culture de ces valeurs dans le système éducatif malgache. Les élèves étaient livrés à eux-mêmes, et les parents avaient démissionné.” A cet effet, une redéfinition claire de l’ambition de l’école à Madagascar demeure indispensable et urgente. Quelle serait alors la contribution du système éducatif dans le savoir, le savoir-faire, le savoir-être et le faire-savoir des citoyens, notamment au niveau des enfants et des jeunes en vue d’assurer l’avènement d’une nation développée et prospère. “…L’éducation est une arme redoutable.” dixit Nelson Mandela. Tous les acteurs de développement sont appelés à y contribuer, à savoir l’école, la famille, les églises, la société civile, les ONG, les associations, les ministères publics, les autorités administratives décentralisées et le secteur privé… et j’en passe… TOUT L’HOMME ET TOUT HOMME dirait un pape catholique. Tout l’homme malgache et tout malgache – les 30 millions d’âmes sont concernées. L’École vise à façonner le savoir, le savoir-faire et le faire-savoir des apprenants, mais le savoir-être est complètement délaissé. Le Pr Zafera parle des valeurs humaines et sociales, comme l’ordre, la rigueur et la discipline. Le capital humain, comme ressource primordiale dans un développement harmonieux, pérenne et inclusif prend de plus en plus de place dans toute initiative et entreprise. La persévérance, le gout du travail, et le culte de l’excellence sont complètement ignorés et ne sont ni considérés ni enseignés. Les chercheurs et les enseignants mentionnent maintenant la nécessité d’une santé physique, mentale, intellectuelle, émotionnelle, et relationnelle de tout citoyen pour l’avenir de toutes les nations, y compris Madagascar. C’est le savoir-être. Les dirigeants du pays devraient prendre conscience de ce manquement, et cocher par écrit dans ses politiques/programmes la formation de tout le malgache. Il a été évoqué que Danton disait : « Après le pain, l’éducation est le premier besoin du peuple », et je préciserais le besoin de toute la Nation. Si l’on veut déterminer les causes des causes des problèmes auxquels la Nation est confrontée, on arriverait aux facteurs individuels et les traits de caractère des acteurs du développement, œuvrant seul ou en équipe, à savoir leur savoir-être. Ce volet ne fait pas l’objet de déclaration manifeste ni d’objectif à atteindre. Un expatrié m’a fait part une fois des handicaps majeurs pour Madagascar après quelques années passées dans la grande Île. Deux simples remarques m’ont fait beaucoup réfléchir : (i) Deux malgaches ne savent pas travailler ensemble et (ii) L’absence de considération et de respect du bien commun. Avec les problèmes contemporains, la place du système éducatif dans les problèmes rencontrés au niveau de toutes les nations mérite toute l’attention des dirigeants actuels. CE QUE JE PROPOSE L’introduction du savoir-être dans le programme officiel. J’étais dans une école privée chrétienne – primaire et secondaire à Johannesburg Afrique du Sud. En classe de 6ème, une feuille accrochée au box de l’élève figurait
Webinaire Ainga & Ako – Restitution (Postprod)

Connaître, Comprendre, Agir : la diaspora malgache au cœur d’une enquête inédite Et si vous pouviez participer à écrire une nouvelle page de l’histoire entre Madagascar et sa diaspora ?Lancée par des chercheurs de l’IRD et soutenue par l’AFD, l’enquête AINGA & AKO est la première grande opération participative visant à dresser un portrait fidèle, complet et vivant de la diaspora malgache – dans toute sa diversité, son engagement, et son potentiel de contribution au développement du pays. Deux volets complémentaires : AINGA : une enquête ouverte à toutes les personnes ayant un lien avec Madagascar, même lointain. > Pour accéder à l’enquête Ainga : https://bit.ly/aingamg. L’enquête est bien entendu strictement anonyme et aucune question n’est obligatoire. Sentez-vous donc très libre ! AKO : un état des lieux du tissu associatif franco-malgache, de ses synergies et de ses actions. > Pour accéder à l’enquête Ako : https://ee.kobotoolbox.org/x/9WRubqv4. Mais vous pouvez également vous mettre en contact avec l’équipe pour qu’on vous appuie pour le remplissage du questionnaire. L’enjeu est simple mais ambitieux : donner à la diaspora les moyens de peser dans les choix de demain. Pour cela, nous avons besoin de vous.Votre voix compte. Vos idées aussi.Participez à l’enquête. Rejoignez le mouvement. Notre webinaire de fin mai vous explique comment. À vous d’agir. Si vous souhaitez avoir plus d’information sur ce projet, si vous avez des questions, n’hésitez pas, vous pouvez répondre à ce message ou envoyer un message à aingasyako.hotline@ird.fr. #Diapason_Think_Tank #Madagascar
Base Toliara (Madagascar) : plaidoyer pour la création d’une agence multilatérale investie de véritables pouvoirs de contrôle et de sanction

Date : Mai 2025 Début mai se tenait le 18ème forum de l’OCDE sur les chaînes d’approvisionnement responsables en minéraux à Paris. Ce fut l’occasion pour des gouvernements et organisations internationales, entreprises et négociants de minerais, investisseurs et bailleurs de fonds, chercheurs et universitaires, ainsi que ONGs et autres acteurs de la société civile, de débattre de la transparence et de la traçabilité des chaînes d’approvisionnement, de la diligence raisonnable et de la gouvernance fiscale, du consentement libre, préalable et éclairé et du partage des bénéfices avec les communautés, de l’égalité de genre, et de la création de valeur locale autour des minéraux critiques. Des « success stories » ont été partagées et discutées. Malheureusement, elles ne représentent à ce stade qu’une infime partie des situations dans l’extraction minière et les tribulations du projet Base Toliara à Madagascar illustrent bien cette situation. Cet article vise à soulever certaines des contradictions entre les lois, normes et standards existants, et leur manque d’application sans cadre coercitif. A l’origine le projet fut celui de la société australienne Base Resources pour être ensuite racheté en 2024 par la société américaine Energy Fuels Resources Inc. Depuis la délivrance du permis d’exploitation en 2012 pour 40 ans, plusieurs études – dont 2 études de préfaisabilité de la compagnie minière – ont montré la dangerosité de l’extraction de l’ilménite, zircon et du rutile du fait du risque de radioactivité dans l’air. L’étude de la compagnie minière datée de décembre 2023 va même jusqu’à souligner les risques suivants (Base Resources, 2023, p42) : Augmentation de l’exposition professionnelle aux rayonnements pour le personnel […] Accroissement de l’exposition aux rayonnements pour les communautés, l’environnement ainsi que la flore et la faune […] Risque accru d’incidents et d’exposition des travailleurs, des communautés et de l’environnement à des matières radioactives […] » Des standards opérationnels appliqués de manière inégale Malgré les multiples dangers identifiés dans ces études pour les travailleurs, les communautés, la faune et la flore, le projet a néanmoins obtenu l’aval du ministère des Mines en novembre 2024, lorsque le Conseil des ministres de Madagascar a officiellement levé la suspension imposée depuis 2019[1]. Bien que, depuis 2020, plusieurs standards internationaux encadrant les impacts environnementaux, sociaux et de gouvernance du secteur minier – notamment le Global Industry Standard on Tailings Management et le GRI 14: Mining Sector Standard – aient été adoptés, il faut néanmoins noter que ces standards ne s’appliquent qu’aux juridictions qui les ont transposés dans leur droit interne, alors qu’environ 60 % de la production minière mondiale est réalisée dans des pays en développement d’après le rapport World Mining Data 2025 (figure 5, p. 18, Reichl & Schatz, 2025), où la législation sur ces questions demeure limitée, voire inexistante. Pas de consentement libre, informé et préalable Un des principaux obstacles au démarrage de l’exploitation demeure la mobilisation – presque ininterrompue – des organisations de défense des droits des communautés locales et de l’environnement. Depuis 2012, plus d’une trentaine de manifestations ont été documentées : parmi les plus marquantes, l’incendie du camp d’exploration suivi de l’arrestation des « Toliara 9 » en juin 2019[2], l’interpellation du musicien-militant Théo Rakotovao après la marche de juillet 2018[3], ou encore l’arrestation de l’activiste Solonarivo Tsiazonaly le 27 août 2024[4]. Enfin, cette situation est d’autant plus préoccupante que le peuple autochtone Mikea devrait bénéficier de la protection particulière prévue par la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (2007) : son article 32 subordonne toute exploitation de ressources sur leurs terres au consentement libre, préalable et éclairé (FPIC) – un principe qui, dans le cadre du projet Base Toliara n’a pas été appliqué. Une stratégie de développement du contenu local non définie Rares sont les exemples de projets miniers dont les retombées ont été majoritairement positives et largement partagées au sein des communautés minières. La littérature sur le secteur fait davantage écho aux promesses déçues en termes d’impacts économiques directs et indirects. Le nombre d’emplois directs par exemple est souvent conséquent dans la phase de construction de l’exploitation minière mais décroît rapidement en phase d’exploitation. Et cette dynamique se renforce dans un contexte de modernisation accélérée des outils : l’adoption croissante de l’automatisation, de la robotique et des centres d’opérations à distance vise à optimiser la productivité tout en réduisant le nombre de personnel et la quantité d’infrastructures nécessaires pour extraire les ressources (Perkin Elmer, 2021). Malgré l’annonce de politiques de préférence donnée au contenu local, c’est-à-dire aux marchés publics et aux travailleurs locaux, sans stratégie de développement des capacités locales au préalable, ces politiques auront peu d’impact. De tels exemples existent à proximité de la plupart des sites miniers, et plus particulièrement à Madagascar pour les populations autour des mines d’Ambatovy et de QMM (Randrianarisoa, 2022). Pour la création d’une agence mondiale avec des pouvoirs coercitifs En conclusion, les normes et standards qui ont pour objectif de maximiser les profits potentiels de l’industrie minière pour un pays et sa population tout en veillant à protéger l’environnement et leur santé existent mais sont encore trop rarement appliqués principalement du fait de défaillances systémiques de gouvernance, de manque de ressources et les pratiques corruptives (Bandura & Hardman, 2023 ; World Bank, 2021). Si les gouvernements des pays en développement ne sont pas en capacité de faire respecter ces normes et standards, alors un cadre mondial applicable de façon cohérente, incluant des sanctions pour les contrevenants doit être mis en place. Lors de cette dernière conférence de l’OCDE sur les chaînes d’approvisionnement responsables en minéraux à Paris, plusieurs intervenants ont prôné la nécessité de créer une agence mondiale capable d’enquêter et de sanctionner les acteurs non conformes de l’industrie. La création d’une telle agence avec des pouvoirs coercitifs représente l’un des rares espoirs que le projet Base Toliara et beaucoup d’autres ne finissent pas comme tant d’autres : une opportunité en demi-teinte voire ratée sur les plans économique, social et environnemental. Pour sensibiliser les autorités… Dans cette perspective, il est nécessaire d’inscrire le plaidoyer en faveur d’une agence mondiale dans une stratégie plus large, qui inclut
Le droit du journalisme relatif au code de la communication

Abstract Réparer l’information pour sauver la démocratie malgache Dans un pays où la presse est à la fois miroir et matrice des dérives du pouvoir, repenser le journalisme devient un enjeu de survie démocratique. C’est le cœur du plaidoyer porté par Toavina Ralambomahay dans un article à la fois rigoureux et provocateur. Madagascar, explique-t-il, navigue à vue dans un désert médiatique miné par la précarité, la corruption et la confusion des rôles entre pouvoir, argent et information. Depuis plus de deux décennies, un nouveau Code de la communication est annoncé, sans jamais voir le jour. L’auteur y voit pourtant une opportunité majeure : celle de refonder un journalisme au service du citoyen, et non plus instrumentalisé par les puissants. Deux réformes concrètes et audacieuses sont proposées. La première : rendre l’actionnaire majoritaire d’un média responsable éditorialement, en le désignant comme directeur de publication. Derrière cette mesure se joue une idée simple : si l’on connaît le propriétaire d’un média, on comprend mieux ses orientations. Ce geste de transparence permettrait de limiter les manipulations, responsabiliser les élites et clarifier les débats. Dans un pays où les journalistes sont souvent mal formés, mal payés, et recrutés pour leur loyauté plus que leur compétence, cette réforme marquerait une rupture éthique majeure. La seconde : mettre en place une véritable Autorité indépendante des médias, dotée de quatre fonctions claires : surveiller les médias publics, encadrer la concentration, organiser la régulation numérique, et surtout, assurer le financement des médias d’opinion. Car oui, financer les voix minoritaires (ethniques, linguistiques, religieuses, de genre, etc.) est un impératif démocratique. Ce n’est pas un luxe, mais une condition de la pluralité. Le texte plaide aussi pour la dépénalisation du métier de journaliste – trop souvent pris comme bouc émissaire, et pour une nouvelle structuration de l’ordre des journalistes. Il invite les partis politiques à se réapproprier ces questions, et les citoyens à exiger plus de leurs élus. À travers cette vision, l’auteur ne se contente pas d’un diagnostic. Il trace une feuille de route pour une presse plus libre, plus responsable, plus diverse – une presse capable de contribuer à la reconstruction d’un espace public digne de ce nom. Au fond, cet article ne parle pas que de médias. Il parle de Madagascar, de son avenir politique, de sa capacité à sortir de la défiance et du désenchantement. Il rappelle que la liberté d’expression ne se décrète pas : elle s’organise, elle se finance, elle se protège. Et que sans elle, aucune démocratie ne tient debout. Plan de l’article Introduction générale Contexte de la réforme du code de la communication à Madagascar Objectifs : renforcer la responsabilité et protéger la démocratie Problématiques rencontrées dans le paysage médiatique malgache Manquements éthiques et déontologiques Pressions politiques, économiques et religieuses Censure, auto-censure, corruption et pauvreté du débat public Conditions de travail et précarité des journalistes Limites de l’étude Portée limitée au journalisme, sans approfondir l’édition ou l’impression Focalisation sur Madagascar en tant que terrain d’application Refus d’importer directement les modèles occidentaux sans adaptation locale Revue critique des sources Références nationales et internationales mobilisées Rôle des écrits de Lovamalala Randriatavy et des Agendas Friedrich Ebert Première recommandation : Identifier clairement le directeur de publication L’actionnaire majoritaire comme directeur de publication Transparence sur la ligne éditoriale et les propriétaires réels Impacts : lutte contre la manipulation, meilleure orientation du public Cas du co-directeur de publication En cas d’immunité du propriétaire (ex. président), désignation du deuxième actionnaire majoritaire Conséquences sur le recrutement et la clause de conscience Droit de quitter un média en cas de changement de ligne éditoriale Niveau académique des journalistes : pas de diplôme requis, mais devoir d’honnêteté intellectuelle Conditions de travail des journalistes Précarité généralisée, absence de reconnaissance statutaire Pratiques illégales d’embauche et classification floue (ouvrier/cadre) Information en ligne et journalisme citoyen Application des mêmes principes de responsabilité Cas des bloggeurs anonymes : responsabilité individuelle Deuxième recommandation : Autorité des médias et pluralité d’opinions Fusion et simplification des instances de régulation Structure : 4 sous-entités (radio/télévision, concentration, régulation, financement) Modalités de désignation des membres de l’Autorité Risques liés à la cacophonie ou à la domination idéologique Importance de l’implication des partis politiques et de la société civile Encadrement de la concentration des médias et des participations étrangères Limites sur la détention de parts et droits de vote Modèle inspiré de la France et Maurice Financement public des médias d’opinion Soutien à la pluralité via des aides financières équitables Redistribution des budgets publics de communication Résistances potentielles et conditions de mise en œuvre Risques d’opposition des actionnaires majoritaires Nécessité d’un relais politique pour faire adopter les réformes Rôle renouvelé de l’Ordre des journalistes Organisation des professions, émission régulière sur les lignes éditoriales Transparence des positions sociétales de chaque média Conclusion La démocratie est au cœur du débat, pas seulement le sort des journalistes Nécessité de repolitiser le débat public pour refonder un journalisme éthique et crédible Toavina Ralambomahay Lire l’article en PDF : Ici 📰
La peur de la rétaliation

Diapason est un « think tank » qui veut poser des questions, nourrir le débat, valoriser les initiatives et favoriser l’innovation socio-économique et politique pour le développement de Madagascar. Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles du think tank. Nos valeurs Boussole / Cap Indépendance politique Multiculturel Vision à long terme Trait d’union entre savoir et pouvoir Éducation Recul nécessaire Liberté d’action Disruptif Bonne lecture ! Dans des contextes institutionnels fragiles comme celui de Madagascar, la peur de la rétaliation constitue un facteur structurant des pratiques professionnelles, en particulier dans les domaines techniques, administratifs ou artistiques. Elle ne relève pas d’une perception individuelle isolée, mais d’un phénomène systémique, alimenté par des rapports de pouvoir opaques, des réseaux d’allégeance informels, et un climat de défiance généralisée. Elle s’exprime dans le silence contraint, la prudence de façade, l’autocensure intériorisée. Cette réalité s’est cristallisée chez moi de manière aiguë à la suite d’un évènement où, dans un moment de désaccord dans un groupement, j’ai tenu des propos critiques à l’égard de la gouvernance en charge, dénonçant une forme de complaisance et d’incompétence. L’épisode aurait pu rester anecdotique, mais il a ouvert un cycle de tensions et de repositionnements. J’avais en effet déjà pratiqué et évolué dans la discrétion loin de ce groupe depuis plusieurs années. Ma sortie du silence aurait pu être le déclenchement d’une énième croisade. Mais ce moment a agi comme un révélateur : celui d’un choix latent entre deux postures. Continuer à faire la Don Quichotte, à lutter frontalement contre les vents contraires, posture noble mais usante. Ou bien assumer une forme de recentrage, de « misitaka (retrait volontaire, repli stratégique), motivé non par la peur, mais par la nécessité de préserver un équilibre mental, professionnel et éthique. Cette décision, loin d’être un renoncement, m’a permis d’agir différemment, avec discernement, en dehors des lieux d’exposition immédiats. Durant tout un trimestre, cette tension m’a poussée à m’interroger sur les fondements mêmes de ces dynamiques sociales : pourquoi l’isolement survient-il précisément quand la parole devient claire ? Pourquoi les alliances se délient-elles lorsqu’on s’attend à du soutien ? Et pourquoi l’engagement semble-t-il toujours devoir se payer, même symboliquement ? L’exercice de la pensée m’a amenée, par un cheminement presque logique – voire algorithmique – vers les théories décoloniales. L’IA elle-même, consultée pour clarifier ces mécanismes, m’a orientée sans détour vers Fanon, Dussel, Cabral, et d’autres voix critiques du Sud global. Une ironie bien contemporaine. Après le Sommet de la COI, qui s’est tenue dans une région occidentale de l’Océan Indien – façonnée par des héritages très francophones -, il semble d’autant plus nécessaire de suspendre l’agitation, de prendre du recul, et de réfléchir à nos états d’âme avant de repeindre les façades sur des tons jaunâtres proche du tsokoko. Car sans ce travail souterrain, sans cette lucidité sur ce que nous traversons collectivement, toute stratégie n’est que replâtrage. Cette dynamique s’est accentuée après mon abrogation il y a maintenant 4 ans. Ça aurait été pire mais c’était assez dégeu tout de même : harcèlement insidieux, mise à l’écart, soupçons orchestrés, diffamation. Très rapidement, la dissonance s’est traduite par une forme d’invisibilisation puis d’isolement, y compris parmi les cercles supposés alliés. Certains, bien qu’en accord sur le fond, ont préféré s’éloigner, mus par la peur de compromettre leur propre avenir professionnel. Ces réactions ont révélé à quel point l’engagement sans filet reste une posture coûteuse, même (et surtout) dans les espaces où l’on pensait bénéficier d’un soutien. La perte de statut formel s’accompagne alors d’un glissement vers une zone d’exposition accrue, où les mécanismes de disqualification se déploient à bas bruit. Ce type de trajectoire résonne fortement avec la pensée de Frantz Fanon, notamment dans Les Damnés de la Terre, où il décrit les effets persistants de la violence symbolique dans les sociétés post-coloniales. Fanon insiste sur la manière dont les structures de domination se perpétuent au sein même des élites locales, et sur la charge psychique imposée à celles et ceux qui refusent de s’y conformer. Il note avec acuité : « L’intellectuel colonisé apprend à marcher dans les mots de l’autre, à se méfier de sa propre voix. » Dans de tels contextes, certains sachants choisissent un repositionnement discret, sans pour autant se désengager. Ce détachement actif rappelle la leçon de la Bhagavad Gita : “Tu as droit à l’action, mais non à ses fruits.” Le recentrage sur l’éthique du travail, sans quête de reconnaissance immédiate, devient une manière de préserver l’essentiel. Le Dao De Jing de Laozi éclaire aussi cette posture : “Celui qui sait ne parle pas ; celui qui parle ne sait pas.” Une sagesse qui suggère que le silence peut aussi être stratégie. On m’a souvent parlée de « devoir de réserve » lorsque les désenchantés se sont mis à bâtir un Colisée romain dans l’enceinte du Rova en haut. Soit. Réservez-vous. Moi je parle. Mais ce retrait, s’il se pérennise, peut ouvrir la voie à une forme de résignation généralisée. Enrique Dussel, dans son Éthique de la libération, souligne que dans les contextes post-coloniaux, l’éthique implique de répondre à l’appel des opprimés, même si cette réponse met en jeu notre propre sécurité. L’autoprotection ne saurait devenir l’horizon unique de la pratique professionnelle. C’est là qu’intervient de manière essentielle la pensée d’Amílcar Cabral, qui propose une lecture plus collective de l’engagement. Contrairement à Fanon, dont l’analyse est parfois davantage centrée sur le trauma individuel et la violence cathartique, Cabral met l’accent sur la reconstruction politique et culturelle à travers un engagement patient, enraciné, structuré. Il évoque la nécessité pour les élites d’accomplir un suicide de classe, c’est-à-dire de rompre volontairement avec les privilèges hérités pour rejoindre les luttes du peuple, au nom d’un projet de souveraineté véritable : “Personne ne peut libérer autrui ; on se libère en agissant avec les autres.” Résonances malgaches : entre Hasina, Fahendrena et Tolona (ceci n’est pas innocent. Je tenais à approfondir mes réflexions entre ce qui rendait nos 29 Mars insipides et ce qui
L’attaque de la pensée critique : Comment le régime sabote l’Intelligence collective à Madagascar

Diapason est un « think tank » qui veut poser des questions, nourrir le débat, valoriser les initiatives et favoriser l’innovation socio-économique et politique pour le développement de Madagascar. Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles du think tank. Nos valeurs Boussole / Cap Indépendance politique Multiculturel Vision à long terme Trait d’union entre savoir et pouvoir Éducation Recul nécessaire Liberté d’action Disruptif Bonne lecture ! Sous l’égide du régime actuel, les normes universelles, les valeurs fondamentales et la rationalité sont de plus en plus assiégées, menacées par une propagande populiste et une idéologie identitaire. Cette stratégie délibérée vise à affaiblir la pensée critique, fracturer la société malgache et instaurer un régime où les rapports de force l’emportent sur la raison et le droit. La réduction de l’espace intellectuel à un domaine centré sur l’ego constitue un mécanisme clé de cette subversion. L’égocentrisme, habilement exploité par le Président actuel, s’est transformé en un instrument politique redoutable pour anéantir l’intelligence collective. Sa communication, souvent centrée sur lui-même, dépeint une vision dégradante du Malgache, persuadé que sa gouvernance ne peut reposer que sur des individus privés de leur esprit critique. Ce phénomène touche aussi certaines figures de l’opposition, contribuant à la dégradation inquiétante du débat public. Ce dernier se réduit ainsi à des luttes de clans et des ressentiments personnels, fragilisant notre fragile démocratie face aux manipulations orchestrées par le pouvoir. Le développement devrait signifier progrès intellectuel, adoption de normes sociales élevées et éthique. Pourtant, les propagandes populistes actuelles reposent sur une logique où seule la force prime, où le droit est bafoué, et où la vérité devient un outil de manipulation sans fin. Cette dérive entraîne une division profonde de la société malgache, fragmentant la réalité et rendant toute action collective rationnelle presque impossible. Face à cette offensive insidieuse, la riposte doit se concentrer sur l’éducation et la culture. L’égocentrisme ronge l’intelligence autant que l’inculture. Le meilleur antidote réside dans une éducation qui valorise la pensée critique, apprend à discerner les manipulations et rend à la vérité toute sa dignité. Cette démarche doit se déployer aussi bien au sein des institutions que sur la scène politique. Si les Malgaches parviennent à s’unir autour d’une vision claire des enjeux du changement, le courage d’agir émergera naturellement. Toutefois, cela nécessite des citoyens libres, éclairés et responsables, ainsi que des politiciens déterminés à établir des normes pour une coexistence pacifique et un progrès commun. Ainsi, l’intelligence collective de Madagascar est sous pression, mais le réveil des consciences reste possible. Seule une population instruite et engagée, capable de contester les discours dominants et d’affirmer ses droits, pourra restaurer la pensée critique et bâtir une société résiliente et démocratique. L’avenir de Madagascar dépend de notre capacité à résister à cette attaque insidieuse et à revendiquer notre droit à la vérité et à une gouvernance éclairée. Zaza Ramandimbiarison Télécharger l’article : Ici 🗞
L’iceberg inversé : ce que le monde voit, ce que le Malgache ignore

« Tant que les Malgaches regarderont la pauvreté comme une fatalité plutôt que comme un mal profond guérissable, ils ne verront jamais ce qu’ils possèdent. » L’économie invisible : ce que Madagascar donne au monde Derrière l’image d’un pays classé parmi les plus pauvres de la planète, Madagascar alimente silencieusement la machine du monde : Ses terres rares entrent dans la fabrication de batteries pour voitures électriques, Son cobalt est indispensable à l’électronique, Son textile, cousu dans des zones franches soustraites au droit commun, habille les vitrines d’Europe, Ses call centers assurent, à bas coût, le service client de grandes plateformes françaises, Son bois de rose parfume les intérieurs huppés de Shanghai. Mais ce n’est que la partie immergée de l’iceberg. La vanille, les crevettes, les saphirs, les gènes de plantes tropicales, le thon, les gisements de gaz offshore, les potentiels en hydrocarbures… Tout indique que Madagascar est un écosystème de production intense, stratégiquement localisé, géologiquement béni, mais politiquement démobilisé. Le pays dispose de plus de 5 000 km de côtes et d’un important potentiel halieutique, comme l’indiquent plusieurs analyses sectorielles relayées par la presse spécialisée, bien que peu mises en avant dans les rapports économiques classiques. Madagascar ne fournit pas seulement des matières premières. Il offre de la valeur ajoutée humaine. Des milliers de jeunes diplômés opèrent dans les coulisses du numérique pour des entreprises françaises, belges ou canadiennes. Le développement du secteur BPO (Business Process Outsourcing) est l’un des plus dynamiques du continent. Pourtant, il est presque invisible dans les discours nationaux. Ce que les Malgaches voient : une société bloquée Pendant ce temps, à quelques kilomètres des mines et des zones franches, les Malgaches se battent pour un kilo de riz. Le pays est obsédé par des mots comme : corruption, gouvernance, ethnies, Faire Nation, pauvreté. Ces termes reviennent comme des mantras dans les campagnes électorales, les sermons religieux, les discussions de taxi-be. Ils traduisent moins une analyse qu’une lassitude. Un mur invisible s’est bâti entre la valeur réelle du pays et la perception que son peuple en a. Les articles de Diapason (L’économie fantôme d’une nation spoliée[1], Cartographie économique des communautés[2], Comprendre la situation énergétique de Madagascar[3]) le montrent très clairement : le pays produit, mais ne redistribue pas. Et surtout, le pays produit, sans que sa population ne sache à quel point elle produit. À force d’entendre qu’elle est pauvre, la population finit par ne plus voir que la pénurie. La pauvreté est devenue une identité, non une condition modifiable. Les rapports internationaux qui classent Madagascar parmi les derniers en termes de développement humain sont diffusés sans pédagogie, sans mise en lien avec les capacités réelles du pays. Une Nation qui ne connaît pas sa richesse se condamne à accepter son appauvrissement. Une construction sociale de l’invisibilité Comment en est-on arrivé à ce que la population d’un pays riche en ressources se perçoive comme fondamentalement pauvre ? La réponse n’est pas conjoncturelle, elle est systémique. Tout concourt à maintenir l’opacité : Manque d’éducation structurante : l’école ne prépare pas à comprendre l’économie ou à analyser le pouvoir. Elle forme des individus obéissants, dépolitisés, ou tentés par la fuite. L’enseignement professionnel, déconnecté du tissu économique local, peine à intégrer les jeunes dans les chaînes de valeur modernes. Absence d’infrastructures : une route effondrée est aussi une idée qui ne circule pas. Sans routes, sans électricité, sans accès à Internet, les citoyens ne voient ni les lieux de richesse, ni leurs circuits de captation. 80 % des Malgaches vivent sans électricité régulière, et moins de 15 % des communes rurales sont connectées au réseau national. Saturation de la survie : quand 90 % de la population vit au 1er étage de la pyramide de Maslow, l’idée même de souveraineté ou de redistribution paraît abstraite. L’urgence du repas quotidien rend illisible la capture des ressources par une minorité. Ainsi, tout est conçu pour que : L’on se batte contre la corruption sans voir ceux qui profitent du système Comme ces opérateurs qui obtiennent des contrats miniers sans appel d’offres[4], Ces entreprises exonérées pendant 15 à 20 ans sans contrepartie sociale[5], Ces plateformes d’exportation qui échappent au contrôle douanier tout en utilisant les routes construites par l’État (cf. rapports TI-MG sur la gestion logistique). L’on réclame de l’aide sans jamais revendiquer des comptes Par exemple, les contrats d’aide budgétaire signés sans débat parlementaire, Les dons humanitaires vantés dans les médias alors qu’ils masquent l’inaction structurelle, Les financements internationaux conditionnés à des réformes qui ne font qu’accentuer la dépendance, Le financement reçu pour des routes qui ne voient jamais le jour. L’on parle de pauvreté (partie visible) sans jamais parler de richesses (partie invisible) Comme le fait que le nickel d’Ambatovy est exporté sans transformation locale significative, Les pierres précieuses partent brutes vers l’Asie, Les zones franches textiles produisent pour de grandes marques sans que les salaires locaux dépassent 100 dollars par mois, Les sociétés pétrolières détiennent des blocs d’exploration sans jamais rendre compte publiquement de leur présence. Une pauvreté organisée, alimentée de l’intérieur Les choix politiques n’expliquent pas tout, mais ils catalysent l’appauvrissement. L’état malgache entretient une relation ambiguë avec sa propre population. Il ne la voit ni comme une priorité, ni comme une ressource. Il la gère. Il l’endigue. Il la mobilise ponctuellement en période électorale, mais ne l’équipe pas pour comprendre ou transformer son environnement. À se demander s’il ne fait pas tout pour que cette situation perdure… L’article Madagascar – Entre rêves démocratiques et concentration croissante du pouvoir[6] revient sur cette ambivalence : le pouvoir sait. Il sait où sont les ressources. Il sait qui les accapare. Mais il ne dit rien. Il renforce même l’opacité par la complexification des lois minières, des exonérations fiscales, des zones franches peu encadrées. On y apprend, par exemple, que certaines zones franches bénéficient d’exonérations fiscales de plus de 15 ans, sans obligation de transfert de compétence, de réinvestissement d’une partie des bénéfices ainsi dégagés ou de création de valeur locale. Le financement public est concentré sur quelques pôles
Cartographie économique des communautés : une Nation, des visages….

Dans un pays où le visible et l’invisible cohabitent en permanence, Madagascar est aussi un théâtre discret de grandes recompositions. Si l’on s’attarde trop sur la surface – élections, discours officiels, conflits politiques – on en oublie ce qui se joue en profondeur : les forces motrices qui façonnent réellement la nation. Et parmi elles, il est une évidence que peu osent dire : le pays est travaillé par des dynamiques communautaires et ethniques puissantes, à commencer par la place qu’y occupent certaines minorités, malgaches et étrangères. Des peuples d’ici : le socle ethnoculturel malgache Commençons par les faits. Madagascar est une mosaïque de peuples. Les ethnies dites « originaires » – Merina, Betsileo, Sakalava, Antandroy, Antaimoro, Vezo, Tsimihety, Sihanaka… Ils sont les fils et filles de l’île. Leurs traditions, leurs langues, leurs structures sociales ont forgé l’ossature identitaire de Madagascar. Les Merina, historiquement dominants sur les Hautes Terres, continuent de peser dans les sphères administratives et intellectuelles. Les Betsileo s’illustrent dans l’agriculture et le textile. Les Sakalava dominent l’ouest avec leur force pastorale et commerciale. Les Antandroy, robustes du Sud, incarnent la résilience des peuples en marge. Ensemble, ces groupes forment l’immense majorité des plus de 30 millions de Malgaches. À côté de ces grandes ethnies historiques se trouvent des communautés étrangères installées depuis longtemps, qui, sans être toujours visibles politiquement, dominent silencieusement entre autres, les leviers économiques du pays. Les Chinois : une présence économique massive mais discrète On les appelle, en malgache, les Sinoa Gasy (littéralement « Chinois malgaches ») : ce sont ces métis issus, pour beaucoup, de familles cantonaises contraintes à se déplacer plus à l’ouest tandis que l’immigration chinoise hakka s’établissait (dès le XIXe siècle, voire avant) sur les îles de la Réunion et de Maurice. La Chine est aussi aujourd’hui un partenaire économique incontournable pour Madagascar. Présente dans les infrastructures (routes, stades, bâtiments publics), l’exploitation minière (notamment à Soalala, Ambatovy via des joint-ventures), le BTP et le commerce de gros, elle fournit également une grande partie des produits de consommation importés. Peu visible médiatiquement, la Chine mise sur des relations bilatérales directes, des dons symboliques (hôpitaux, écoles) et des prêts à taux préférentiels. Elle agit rapidement et sans condition politique apparente, ce qui séduit une partie de la classe dirigeante. Malgré les bénéfices visibles, une partie de la population et des acteurs économiques s’inquiètent d’une « colonisation économique silencieuse » : concurrence déloyale, opacité des marchés publics, gestion des ressources naturelles sans retombées locales claires. La Chine, tout en restant discrète, accroît son influence au fil des décennies. Les Français : une influence historique encore bien présente Les français, communément appelés les Vazaha, restent des acteurs majeurs à Madagascar, héritage de l’époque coloniale. En 2023, La France était le 2ᵉ client du pays et le 4ᵉ investisseur étranger, avec une présence forte dans les secteurs de l’énergie, des télécommunications et de la banque. Plus de 65 entreprises françaises opèrent sur l’île, dont 9 du CAC 40[1]. Des accords récents renforcent les liens, notamment dans les domaines de l’agriculture, de l’énergie (barrage de Volobe) et de la culture (restitution d’objets historiques). L’aide publique française dépasse 60 millions d’euros par an. La France est perçue avec ambivalence, notamment à cause de son rôle lors de crises politiques passées ou du contentieux sur les îles Éparses. Si l’influence reste forte, elle est désormais concurrencée par d’autres puissances comme la Chine ou le Japon. Les indo-pakistanais : un capitalisme impactant La plus connue – et la plus influente économiquement – est sans doute celle des Karana (Indo-pakistanais), originaires du sous-continent indien. Arrivés au fil des siècles – souvent comme commerçants pendant la colonisation – ils ont bâti, pierre après pierre, des empires économiques. Prenons un fait brut : les Karana (principalement gujaratie et ismaélienne) au tournant du XXe siècle, représentent moins de 0,2 % de la population. Pourtant, leur poids économique est démesuré. Axian, Jovenna, Socota, Habibo, First Immo, Telma, Basan, Galana… Ces noms scandent l’économie malgache contemporaine comme autant de piliers. Ils contrôlent des pans entiers du commerce, de la finance, de l’énergie, de l’immobilier, du textile, des médias, et plus récemment de la technologie. Au commencement, pourtant, il n’y avait que la quincaillerie. Les Karana ont investi les centres-villes avec des boutiques d’ustensiles, puis les bazars, puis les entrepôts. Patiemment. Stratégiquement. Ils ont vendu des PPN (produits de première nécessité), puis des voitures, puis des centrales solaires. Ils ont compris ce qu’est souvent l’économie : un art de la patience couplé à un instinct de conquête. Mais qui représente Madagascar à l’international ? La question semble saugrenue, presque absurde. Et pourtant elle brûle. Lorsqu’on demande à un Africain francophone de citer les représentants économiques de Madagascar, il y a fort à parier qu’il évoquera… un Karana. Hassanein Hiridjee (Axian), Salim Ismael (Jovenna), Zouzar Bouka (First Immo), Hasnaine Yavarhoussen (Filatex), Ylias Akbaraly Redland Company Holding)[2], ou encore les groupes industriels du Nord-Ouest. Ils sont ceux qui parlent à Dubaï, qui négocient à Paris, qui se présentent à Kigali. Alors, posons-la franchement : qui porte l’image économique de Madagascar sur la scène internationale ? L’État ? Les ethnies majoritaires ? Les diasporas ? Ou une poignée de familles issues d’une minorité historique mais devenue incontournable ? L’image de Madagascar représentée par le capitalisme indo-pakistanais ? Depuis quelques années, le nom de Madagascar apparaît dans Forbes Afrique[3], non pas pour son cacao ou ses politiques publiques, mais pour ses entrepreneurs. Certains y figurent régulièrement. La presse économique internationale met en avant ses groupes les plus dynamiques, souvent dirigés par cette minorité. Ylias Akbaraly, Hassanein Hiridjee et Hasnaine Yavarhoussen figurent parmi les hommes les plus riches d’Afrique francophone. Le malaise s’installe. Car en devenant les figures visibles de la « réussite malgache », ces entrepreneurs – dont la communauté reste isolée culturellement – deviennent, bon gré mal gré, les représentants symboliques d’un pays en difficulté. La représentation s’inverse : les majoritaires deviennent invisibles, les minoritaires deviennent l’image du salut. Ce n’est pas un complot. C’est un fait social. Un phénomène anthropologique. Et il interroge. Des secteurs investis jusqu’au cœur Aujourd’hui,