65 ans après – L’architecture de la dépendance (Postprod)

Objectif du webinaire – Déconstruire l’idée que la dépendance malgache est une fatalité : C’est une construction : économique, politique, cognitive. Une véritable architecture, pensée ou tolérée, dont les matériaux sont la dette, la spoliation, la centralisation, l’ignorance, l’élitisme, la résignation. – Mettre en lumière le rôle des élites locales, des structures institutionnelles, mais aussi des récits dominants dans la perpétuation de cette dépendance. – Explorer des pistes de ruptures concrètes et de refondation démocratique, à travers les regards croisés de spécialistes du politique, du territoire et des récits.   Rencontrez nos panélistes : – Ousmane Ndiaye – Brice LEJAMBLE – Zaza Ramandimbiarison Et posez-vos questions ! #Diapason_Think_Tank #Madagascar

La notion du « tanindrazana » risque d’entraver le développement

Diapason est un « think tank » qui veut poser des questions, nourrir le débat, valoriser les initiatives et favoriser l’innovation socio-économique et politique pour le développement de Madagascar. Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles du think tank.  Nos valeurs Boussole / Cap Indépendance politique Multiculturel Vision à long terme Trait d’union entre savoir et pouvoir Éducation Recul nécessaire Liberté d’action Disruptif Bonne lecture !   La terre occupe une place centrale dans la vie culturelle, économique et spirituelle des Malgaches. À Madagascar, plus de 70 % de la population vit de l’agriculture et la terre est bien plus qu’une ressource physique. Elle représente l’identité, le patrimoine et la survie. Mais la notion du « tanindrazana », quand elle dépasse la limite du raisonnable, peut nuire au développement. Pour les communautés malgaches, la terre est intrinsèquement liée aux ancêtres. Le concept de « tanindrazana », ou « terre des ancêtres », est fondamental dans la vie quotidienne. La terre, le lieu où sont enterrés les ancêtres, sert de lien direct entre les vivants et les morts. Selon l’anthropologue Sandra Evers, la terre est considérée comme sacrée dans de nombreuses communautés et son utilisation est souvent régie par des lois coutumières transmises de génération en génération (Evers, 2006). Des pratiques cérémonielles telles que le « famadihana » (retournement des morts) renforcent ce lien, car elles se déroulent sur des terres ancestrales et requièrent la présence de tombes familiales. La perte de la terre est donc souvent perçue non seulement comme un coup dur économique, mais aussi comme une déconnexion spirituelle. Et la situation devient critique quand c’est un étranger qui vient occuper la terre. L’économie malgache reste largement agraire. Selon la Banque mondiale, plus de 80 % de la population est engagée dans l’agriculture (Banque mondiale, 2023). Le riz, le manioc et le maïs sont des cultures de base, et la possession ou l’accès à la terre est essentiel pour la production alimentaire et le revenu des ménages. Cette culture, bien qu’occupant la grande majorité des Malgaches, reste pourtant une culture de subsistance. À Madagascar, les droits fonciers sont largement régis par des systèmes de tenure coutumière, en particulier dans les zones rurales où l’enregistrement formel par l’État est limité. Selon une étude de la Coalition internationale pour l’accès à la terre (ILC), seulement 10 % des terres à Madagascar sont formellement titrées, tandis que le reste est détenu et transféré par le biais de pratiques coutumières (Teyssier et al., 2009). Ces systèmes coutumiers sont souvent gérés par les anciens du village ou les chefs locaux, qui attribuent les terres en fonction du lignage, des besoins et de la tradition. Bien qu’efficace à bien des égards, l’absence de documentation formelle peut entraîner des litiges, une marginalisation – en particulier des femmes – et des difficultés lorsque des acteurs extérieurs cherchent à investir ou à acquérir des terres. Pour remédier à l’insécurité foncière, le gouvernement malgache a lancé, depuis 2005, des réformes foncières visant à décentraliser la gestion des terres et à simplifier le processus de certification foncière. Ces réformes, soutenues par la Banque mondiale et d’autres partenaires internationaux, ont eu des résultats mitigés. La qualité des services des domaines laisse encore à désirer. Souvent, des pages des livres des cadastres sont déchirées, ou ce sont les livres eux-mêmes qui disparaissent. Une étude de l’Observatoire du Foncier de Madagascar note que si plus de 500 bureaux fonciers locaux ont été créés, beaucoup d’entre eux manquent de ressources et l’utilisation des certificats fonciers reste faible en raison d’un manque de sensibilisation et d’obstacles administratifs (Observatoire du Foncier, 2020). Au cours des dernières décennies, Madagascar a vu l’intérêt croissant des investisseurs étrangers pour l’accès à la terre, en particulier pour l’agriculture, l’exploitation minière et les infrastructures. Un cas controversé s’est produit en 2009 lorsqu’une proposition de location de 1,3 million d’hectares à la société sud-coréenne Daewoo Logistics a suscité un tollé général et a contribué à une crise politique qui a renversé le gouvernement (Reuters, 2009). Tout récemment, le gouvernement a annoncé qu’un accord a été signé entre le gouvernement malgache et des Israéliens pour l’exploitation agricole de 60 000 ha de terrains. À l’heure où nous rédigeons cet article, nous n’avons pas encore de détails relatifs à cet accord. Mais on ressent déjà la réticence des Malgaches sur les réseaux sociaux. De tels incidents soulignent la profonde sensibilité émotionnelle et politique des questions foncières à Madagascar. De nombreux compatriotes considèrent la location ou la vente de terres à grande échelle comme une atteinte à la souveraineté et une menace existentielle pour les communautés rurales. Et c’est là que la question se pose : devrions-nous laisser les terres dans leur état de « tany lava volo » qui ne rapportent rien à personne, ou bien devrions-nous laisser les étrangers les exploiter pour les valoriser et contribuer au développement économique du pays et des ménages malgaches ? Pendant un court instant, oublions le fait que ce soit des Israéliens qui ont obtenu l’accord sur les 60 000 ha. Laissons de côté aussi l’aspect politique, ignorons les gouvernants actuels, et observons la situation de manière objective. Selon l’Economic Development Board of Madagascar (EDBM), le pays dispose de 18 millions d’hectares de terres arables ; 60 000 ha représentent donc 0.33% des terres arables dans la Grande île. L’ancien Directeur de la Facilitation et de Réformes et ancien DG de l’EDBM, Eric Andriamihaja Robson, nous affirme que Daewoo avait effectué des études pédologiques couvrant 1,3 million ha, mais ils étaient uniquement intéressés par la location de 300 000 ha pour cultiver du maïs.  Si on confie donc à des investisseurs étrangers l’exploitation de 360 000 ha, soit 2% de nos terrains arables dans un cadre bien défini et règlementé, les « razana[1] » seraient-ils furieux de voir leurs descendants manger, travailler, aller à l’école, … ? L’exemple de Tozzi Green mérite d’être approfondi. Ces investisseurs italiens cultivent maïs, géranium, et épices sur 6.731 Ha de terrains à Ihorombe. Ceux qui ont déjà fait le voyage sur

65 ans après – L’architecture de la dépendance

  Le Think Tank Diapason organise son prochain Webinaire : 🗓 Mercredi 25 juin 2025 🕕 à 18h (Fr) > ou 19h (Madagascar) En direct sur Facebook : https://www.facebook.com/diapasonmg YouTube : https://www.youtube.com/@diapasonmada/streams Le titre que nous aborderons avec nos 3 panélistes : « 65 ans après – L’architecture de la dépendance » Venez poser vos questions ! Avec, Ousmane Ndiaye Brice LEJAMBLE Zaza Ramandimbiarison 🎯Objectif du webinaire Le constat de départ : une indépendance sans souveraineté réelle Le 26 juin 1960, Madagascar accède formellement à l’indépendance. Pourtant, 65 ans plus tard, la trajectoire du pays n’a pas permis de garantir une autonomie politique, économique et institutionnelle digne de ce nom. Le choix du mot « architecture » dans ce webinaire n’est pas anodin : il implique une construction pensée, organisée, pérenne. La dépendance dont il est question ici n’est pas le fruit du hasard ou d’une malchance historique, mais le résultat d’un agencement structurel de mécanismes économiques, juridiques, politiques et cognitifs qui rendent le pays captif de forces extérieures… et de ses propres élites. Une architecture en 3 niveaux : 1. Fondations historiques coloniales non déconstruites 2. Murs contemporains de la dépendance économique 3. Toiture institutionnelle verrouillée Pourquoi le thème interpelle-t-il aujourd’hui ? Parce qu’il inverse la perspective habituelle. On ne parle plus seulement de « mal-développement » ou de « retard africain », mais d’un système structuré qui empêche le pays de se développer pour maintenir : – une classe dirigeante dans ses privilèges, – une économie dans sa fonction de rente, – une population dans la dépendance matérielle et cognitive. Il s’agit d’un système verrouillé, comme une maison dont les fondations, les murs et le toit sont conçus pour empêcher la souveraineté populaire de s’épanouir. Et venez poser vos questions ! #Diapason_Think_Tank #Madagascar

65 ans après – L’architecture de la dépendance (Article)

Introduction – Une indépendance sans réconciliation Soixante-cinq ans après l’indépendance formelle proclamée le 26 juin 1960, Madagascar reste prisonnière d’une architecture de dépendance. Ce constat n’est ni un slogan militant ni un fatalisme désenchanté : il s’appuie sur une analyse systémique, rigoureuse, réalisée par le Think Tank Diapason. Il pose une question simple : qu’est-ce que l’indépendance quand l’État est dépossédé de sa capacité à protéger, à orienter, à distribuer la richesse ? L’approche proposée combine données factuelles, lectures historiques et analyse causale via la méthode ICECAP. Ce dossier, loin d’être un inventaire à charge, veut proposer une grille de lecture du blocage malgache, pour mieux le débloquer. Et s’il dérange, tant mieux : car l’indifférence est pire que la critique. À la veille du 26 juin 2025, une lucide remise en question devient un acte de patriotisme. I. Une fondation coloniale jamais déconstruite L’indépendance de 1960 n’est qu’une transition juridique. Le legs colonial reste l’armature de l’État malgache. Les institutions, le droit, l’organisation économique, jusqu’à l’imaginaire national sont restés alignés sur les structures de domination françaises. L’État malgache a été pensé comme un réplicateur, non comme un émancipateur. De Tsiranana à Ratsiraka, des illusions progressistes aux désillusions structurelles, chaque alternance a reconduit les mêmes logiques : pouvoir hypercentralisé, rente économique, clientélisme politique. L’histoire récente n’a pas corrigé cette trajectoire, mais l’a amplifiée. Le passage du marxisme à l’ajustement structurel, puis au capitalisme d’oligarchie, n’a fait que changer les formes d’une même domination. La Constitution malgache de la première République reproduit la logique de la Cinquième République française, à savoir un pouvoir exécutif fort, une faible autonomie des collectivités, une justice rattachée au pouvoir politique. Ce modèle, peu adapté à un jeune État en construction, a déséquilibré durablement les rapports entre les institutions. Dans les années 1970, le régime socialiste de Didier Ratsiraka tente une réorientation idéologique. Mais derrière les slogans révolutionnaires, l’État continue de fonctionner comme un outil d’accaparement : par la nomenklatura, les réseaux militaires, les hauts fonctionnaires formés à l’étranger. L’autorité centrale s’éloigne du terrain. La dépendance change de visage, mais pas de nature. Plus grave encore, l’indépendance n’a pas permis de produire un véritable imaginaire national. L’histoire coloniale est peu enseignée, les figures de résistance peu connues. Les symboles de l’État sont faibles, et les récits collectifs ont été détruits par la succession de crises politiques. Or un État sans mémoire ne peut bâtir une nation. Nom Début du mandat Fin du mandat Cause d’interruption Durée effectuée Durée restante Albert Zafy 27-03-1993 05-09-1996 Destitution 3 ans, 5 mois, 9 jours 1 an, 6 mois Marc Ravalomanana 06-05-2002 17-03-2009 Coup d’État 6 ans, 10 mois, 11 jours 1 an, 1 mois Hery Rajaonarimampianina 25-01-2014 07-09-2018 Démission (candidature) 4 ans, 7 mois, 13 jours 4 mois Andry Rajoelina 19-01-2019 10-09-2023 Fin anticipée (intérim) 4 ans, 7 mois, 22 jours 4 mois II. Un bilan objectif : croissance piégée, pauvreté enracinée 1. Chiffres-clés 2025 PIB par habitant : 450 USD (contre 850 USD en 1971) Dette publique : 60,8% du PIB[1] IDE[2] : < 2% du PIB, majoritairement minier[3] Taux d’accès à l’électricité : 27% (moins de 10% en zone rurale)[4] Population vivant sous le seuil de pauvreté : 75%[5] Part de l’économie informelle : 90%[6] Ces données mettent en évidence une stagnation déguisée. Le PIB progresse, mais la pauvreté s’aggrave. Les services publics se dégradent, l’éducation perd son pouvoir d’émancipation, la protection sociale s’effondre. La pauvreté monétaire est aggravée par une pauvreté en capacités. Les femmes rurales travaillent plus de 12 heures par jour sans accès à un revenu stable. Les enfants marchent des kilomètres pour aller à l’école sans cantine, sans livres. La faim n’est plus un accident, mais une habitude. 2. Concentration extrême de la richesse Le Top 15 des groupes économiques malgaches concentre la majorité des secteurs stratégiques. Certains acteurs bénéficient d’exonérations fiscales, de monopoles logistiques, de licences minières sans appel d’offres. Le lien entre pouvoir économique et pouvoir politique est direct. Les grandes familles finançant les campagnes électorales se retrouvent décideurs de politiques fiscales. Ce capitalisme de connivence empêche l’émergence de nouveaux acteurs et verrouille l’économie nationale. Pendant ce temps, les petites entreprises locales, les boulangers, les artisans, les coopératives, croulent sous les taxes, les formalités, et l’absence d’accès au crédit. Les banques préfèrent financer les importateurs ou les grands groupes.   Nom / Groupe Estimation (M USD) Secteurs  principaux Source (URL) Groupe Axian > 2 500 Télécoms, énergie, finance, immobilier https://lexpress.mg/26/04/2025/axian-annonce-2-milliards-de-chiffre-daffaires/ Groupe SODIAT > 1 000 BTP, hydrocarbures, immobilier, médias https://diapason.mg/profilage/mamy-ravatomanga Groupe FILATEX > 900 Immobilier, énergie, zones franches https://www.filatex.mg Groupe Galana > 800 Hydrocarbures, logistique https://madagascar-tribune.com/Galana-et-la-supply-chain.html Groupe SMTP / LPSA > 600 Matériaux, mines, import-export https://smtpgroup.com Groupe Vidzar > 500 Alcool, distribution, hôtellerie https://www.vidzar.mg Groupe Henri Fraise > 400 Engins, concession industrielle https://www.henrifraise.com Groupe CFAO Madagascar > 350 Automobile, équipements, pharma https://www.cfaogroup.com Groupe U (Super U) > 300 Distribution, grande consommation https://www.superu.mg Groupe STAR / Castor > 250 Boissons, agroalimentaire https://www.star.mg Groupe OTI > 200 Travaux publics, bâtiment, routes https://www.oti.mg Groupe Haycot > 180 Logistique, import, transports https://haycot.mg Groupe First Immo > 160 Immobilier de luxe, foncier urbain https://firstimmomada.com Groupe Trano Mora > 140 Matériaux, immobilier https://trano.mora.mg Groupe Mahazava > 120 Mines artisanales, métaux précieux mahazava-exploitation-informelle 3. Une société fragmentée L’analyse ICECAP révèle que la pauvreté n’est pas seulement matérielle. Elle est aussi symbolique. Le citoyen se sent déconnecté du projet national. L’école est perçue comme une voie sans débouché. La justice comme un instrument de punition pour les faibles, de protection pour les puissants. La fragmentation est territoriale (zones enclavées sans routes), culturelle (absence de langue commune dans les politiques publiques), générationnelle (les jeunes n’ont pas les mêmes références que leurs parents) et cognitive (les récits médiatiques sont déconnectés de la réalité). Sans socle commun, la république ne tient que par la peur ou l’habitude. Partie visible Partie invisible Source primaire Motivation humaine Sujet déclencheur Absentéisme scolaire Désinstitutionnalisation Méconnaissance / Ignorance Résignation Exclusion structurelle de la majorité Violences sociales Pauvreté éducative Méconnaissance / Ignorance Résignation Exclusion structurelle de la majorité Migrations internes

65 ans après – L’architecture de la dépendance (Dossier complet)

Abstract Et si l’indépendance n’était qu’un mot ? Depuis 1960, Madagascar affiche une souveraineté politique. Mais derrière les discours et les célébrations, une autre réalité s’impose : celle d’une dépendance systémique, enracinée dans les structures économiques, institutionnelles et géopolitiques du pays. Ce dossier propose une lecture radicale et structurée de cette trajectoire contrariée. À travers des outils d’analyse comme l’approche ICECAP et la cartographie SCOR, il explore les mécanismes invisibles qui ont vidé l’État de sa puissance : captation des ressources, neutralisation des contre-pouvoirs, économie de rente, dépendance internationale. Loin des indignations passagères, cet essai trace une ligne de rupture : refonder les fondements mêmes de la souveraineté. Il appelle à un sursaut démocratique, économique et citoyen, et propose des leviers concrets pour sortir de ce système verrouillé. “Comprendre pour mieux reconquérir. Déconstruire pour mieux reconstruire.”   À propos de Diapason Diapason est un Think Tank indépendant. Il réunit chercheurs, journalistes, économistes, citoyens engagés et membres de la diaspora autour d’un objectif commun : rendre intelligible la complexité des enjeux malgaches et proposer des pistes de transformation concrètes. À travers ses analyses systémiques, ses webinaires, ses publications et ses campagnes citoyennes, Diapason œuvre pour une reprise de souveraineté intellectuelle, économique et démocratique au service du bien commun.     Télécharger l’article :  Ici 🗞  

Le choc des maux et le poids du silence : une société fragmentée

« Il n’y a pas de phénomène de société, seulement une explication sociétale des phénomènes » Friedrich Nietzsche Introduction – La méthode ICECAP : voir sous la surface L’analyse suivante s’appuie sur la méthode ICECAP, une méthode d’analyse causale créée par les analystes du think tank Diapason, acronyme de Iceberg Causal Analysis Protocol, développée dans l’article « Iceberg inversé – ce que le monde voit, ce que le Malgache ignore » (Diapason, mai 2025). Cette méthode vise à identifier les symptômes visibles, à mettre à jour les causes invisibles, et à les classer selon cinq niveaux d’analyse : Partie visible : symptômes sociaux observables Partie invisible : causes profondes structurelles Source primaire : choix de la gouvernance, pression privée, internationale ou ignorance Motivation humaine : ce qui pousse à agir (peur, cupidité, conformisme, résignation…) Sujet déclencheur : le mécanisme économique ou structurel à l’origine du blocage   Les deux articles de Joan Razafimaharo (sur la peur de la rétaliation)[1] et du Dr Rigobert Rafiringason (sur l’éducation)[2] constituent un double révélateur d’une même structure d’enfermement à Madagascar. Analyse ICECAP – La peur de la rétaliation (Joan Razafimaharo)   Partie visible Partie invisible Source primaire Motivation humaine Sujet déclencheur (structurel / économique) Silence généralisé dans les sphères techniques, artistiques et administratives Système de répression implicite à travers l’autocensure et les représailles indirectes Choix de la gouvernance Contrôle Absence de mécanismes        de protection des voix dissidentes Autocensure dans les milieux professionnels Réseaux d’allégeance informels, intimidation sociale non formalisée Choix de la gouvernance Peur / Soumission Maintien de l’ordre hiérarchique par loyautés informelles Isolement après la prise          de parole critique Absence de statut protecteur en cas de dénonciation d’incompétence ou de corruption Choix de la gouvernance Contrôle Inexistence d’un État de droit effectif Rupture des alliances et soutien conditionnel                des proches Intérêt personnel supérieur à l’intérêt collectif dans les groupes « alliés » Pression des intérêts privés Opportunisme / Préservation Compromission pour sécuriser un avenir professionnel Mise à l’écart progressive après désaccord Disqualification sociale par la rumeur,    la diffamation, la peur d’être associé Choix de la gouvernance Contrôle / Intimidation Absence de sanction contre la violence symbolique Recentrage stratégique sous forme de « retrait volontaire » Tentative de préserver la santé mentale face à un climat délétère institutionnalisé Méconnaissance / Ignorance Résignation Normalisation de la souffrance psychologique    dans le travail Harcèlement insidieux                et discrédit moral Reproduction des logiques postcoloniales d’autorité verticale, même dans les cercles intellectuels ou militants Pression internationale (héritée) Conformisme culturel Héritage post-colonial non digéré dans les élites locales Discours sur l’éthique du silence, du retrait, du discernement Absence de cadre collectif de reconnaissance du Hasina (autorité morale légitime) Choix de la gouvernance Désenchantement Érosion de la sphère publique comme lieu de délibération libre Refus des élites à renoncer à leurs privilèges (appel à un « suicide de classe ») Fragmentation des élites, refus de solidarité concrète, peur de perdre les bénéfices du système Pression des intérêts privés Cupidité Appropriation privée des ressources symboliques et sociales Exemple concret : des journalistes, enseignants ou hauts fonctionnaires mis à l’écart après des critiques légitimes, sans protection ni cadre légal efficace. Nuage de mots ICECAP : La peur de la rétaliation Commentaires de synthèse La peur de la rétaliation est ici le symptôme d’un système autoritaire diffus, dans lequel la parole libre est désamorcée par la crainte sociale plus que par la violence directe. Les causes profondes relèvent d’un choix de gouvernance, mais aussi d’une pression des intérêts privés (préservation des positions, fuite du coût du courage). Le sujet déclencheur, souvent économique ou structurel, renvoie à l’absence d’un cadre protecteur, à la non-reconnaissance des résistances morales (Hasina) et à l’internalisation du post-colonialisme dans la reproduction sociale. La motivation humaine dominante est le contrôle, mais elle se décline en opportunisme, peur, résignation et conformisme, selon les acteurs en jeu. Analyse ICECAP – L’éducation à Madagascar (Dr Rigobert Rafiringason) Partie visible Partie invisible Source primaire Motivation humaine Sujet déclencheur (structurel / économique) Échec manifeste du système éducatif Absence d’une vision partagée du rôle de l’école Choix de la gouvernance Négligence Absence de politique éducative cohérente Disparition des valeurs comme la discipline, la justice, la responsabilité Déconnexion entre savoir, savoir-être              et faire-savoir Choix de la gouvernance Indifférence Absence d’investissement productif dans le savoir Démission des parents et dévalorisation de l’école Perte de sens collectif autour du bien commun Méconnaissance / Ignorance Résignation Non-intériorisation de l’intérêt général  dès l’enfance Incapacité des citoyens à coopérer efficacement Individualisme structurel hérité du système éducatif Pression des intérêts privés Compétition Système éducatif valorisant la réussite individuelle au détriment du collectif Dégradation des biens publics (vols, vandalisme) Échec de la formation civique et de l’amour du bien commun Choix de la gouvernance Cynisme / Opportunisme Appropriation privée des ressources communes Rejet de l’impôt et du système fiscal Absence de culture citoyenne fiscalement responsable Méconnaissance / Ignorance Méfiance Système fiscal injuste perçu comme                     une spoliation Tissu économique dominé par l’informel Échec de la formation à l’esprit d’entreprise et à l’éthique professionnelle Choix de la gouvernance Abandon Économie de survie structurelle              non accompagnée Violence, incivilités et agressivité      chez les jeunes Système éducatif déconnecté              des réalités sociales et émotionnelles Choix de la gouvernance Frustration Exclusion structurelle de la majorité du système économique formel Absence de culture de groupe, difficulté à fédérer Absence d’apprentissage de la coopération dès le jeune âge Choix de la gouvernance Individualisme cultivé Absence de travaux de groupe, pédagogie compétitive Scolarité sans finalité économique ni sociale Rupture entre éducation, emploi, développement national Pression des intérêts privés Désengagement élitaire Éducation réduite à une formalité,         non articulée aux besoins de la Nation Exemple concret : plus de 1,2 million d’enfants non scolarisés en 2023 ; 65 % des élèves de primaire n’ont jamais fait de travail en groupe. Nuage de mots ICECAP : L’éducation à Madagascar Synthèse L’article met en évidence

50 ans d’économie malgache dans son contexte régional

Entre stagnation, spoliation et espoirs de transformation Cinquante ans de croissance au ralenti : données clés Évolution du PIB réel et du PIB par habitant (1971-2023) Depuis son indépendance, Madagascar a connu une croissance économique erratique, fortement dépendante des chocs politiques internes, des crises climatiques et des cycles de rente. Les données du PIB par habitant, corrigées de l’inflation, montrent une réalité frappante : le pays a stagné pendant cinq décennies, avec même des périodes de régression. Les ruptures suivantes sont particulièrement notables : 1972-1975 : Révolution sociale sous Ramanantsoa, chute de la croissance. 1982-1985 : Crise de la dette et plans d’ajustement structurel imposés par le FMI. 1991 : Effondrement de l’administration Ratsiraka, transition chaotique. 2002 & 2009 : Crises post électorales majeures entraînant des blocages économiques. 2020 : Effets du Covid-19 sur les exportations et l’économie informelle. Pendant ce temps, la croissance démographique est restée constante, maintenant une pression structurelle sur le revenu par habitant. Résultat : la majorité de la population vit aujourd’hui avec un pouvoir d’achat inférieur à celui des années 1970. Graphique : Évolution comparée du PIB par habitant (1971–2023) Graphique de comparaison entre Madagascar, Rwanda, Sénégal, Maurice   Graphique : Croissance annuelle moyenne du PIB par période présidentielle Ce graphique confirme un fait central : la performance économique de Madagascar est profondément corrélée à son instabilité politique et institutionnelle. À cela s’ajoute une faiblesse structurelle de l’État à capter, redistribuer et transformer la richesse. Exportations : richesses invisibles, flux détournés Composition et dynamique des exportations Madagascar semble modeste sur les marchés mondiaux. Pourtant, la structure de ses exportations est plus riche qu’il n’y paraît : Secteur Produits dominants % estimée des exportations totales Mines Nickel, cobalt, graphite, ilménite 30-35 % Agriculture Vanille, girofle, litchis 20-25 % Textile Vêtements (zones franches) 20-25 % Services BPO Centres d’appel, digital 5-10 % Pêche, bois Crevettes, bois précieux <5 % Ces produits sont exportés sans transformation locale majeure, dans des circuits souvent exclus du système fiscal malgache[1]. L’économie invisible : les ressources non déclarées Comparaison avec la RDC Élément Madagascar RDC Ressources principales Nickel, cobalt, graphite, terres rares, or Cobalt, cuivre, or, coltan, diamants % de recettes minières perdues 50-80 % (estimations Diapason + ITIE) 60-85 % (Congo Research Group, Resource Matters) Acteurs dominants Ambatovy, Base Resources Glencore, China Moly, Gécamines La comparaison avec la RDC montre que Madagascar pourrait perdre chaque année 400 à 700 millions USD de recettes non déclarées. Si l’on applique une fiscalité de 15 à 20 %, cela représente 60 à 140 millions USD/an de recettes fiscales perdues. Cas Apple et offshorisation Un iPhone vendu à 1 000 USD ne laisse que 30-50 USD à la Chine qui l’assemble[2]. De la même façon, Madagascar exporte de la vanille, du textile ou du nickel sans capter la valeur finale. Produit Valeur à Madagascar Valeur finale mondiale % captée localement Vanille 100-200 USD/kg 2 000-4 000 USD/kg <10 % Nickel 15 000 USD/T 30-40 000 USD/T ≈3-5 % T-shirt 1,2 USD 12-20 EUR ≈1-2 % Application d’une fiscalité de 18 % (moyenne africaine 18%) Valeur exportée réelle Manque à gagner fiscal (18 %) 12 milliards USD 1,87 milliard USD 16 milliards USD 2,59 milliards USD Ce manque à gagner fiscal équivaut à 75 à 100 % du budget de l’État. Projection 2023–2033 Sur 11 ans, Madagascar pourrait perdre plus de 25 milliards USD si aucune réforme n’est engagée. Facteurs structurels de blocage Faiblesses institutionnelles et gouvernance extractive Le développement économique de Madagascar est largement entravé par la configuration et l’usage des institutions. L’exécutif concentre le pouvoir sur les organes clés : douanes, fisc, secteur minier, justice. Cette domination empêche toute autonomie des organes de contrôle et affaiblit les contre-pouvoirs. Le législatif, censé incarner la nation, reste aligné sur l’exécutif, tandis que la justice demeure dépendante des autorités politiques, ce qui entrave la lutte contre les abus liés aux ressources. Dans ce contexte, les institutions ne servent plus l’intérêt général : elles canalisent les flux vers des intérêts privés. L’administration devient un relais entre ces intérêts et l’État, renforçant l’opacité au lieu de garantir la transparence. Pouvoir Rôle constitutionnel État réel d’indépendance Exécutif Dirige la politique, applique les lois Concentration maximale Législatif Vote les lois, contrôle l’action du gouvernement Alignement quasi systématique Judiciaire Applique les lois, sanctionne les abus Dépendance administrative Ce tableau montre que les équilibres entre pouvoirs sont théoriques, mais que leur fonctionnement réel empêche toute correction des déséquilibres économiques ou toute régulation des flux de rente. Blocages géographiques, sociaux et culturels Plusieurs facteurs structurels non économiques freinent directement le développement de Madagascar. Ils relèvent de la géographie, du tissu social, des représentations culturelles et du rapport entre citoyens et institutions. Insularité et enclavement territorial Malgré sa taille, Madagascar reste peu connectée. Les ports sont sous-équipés, les routes dégradées, et les régions mal reliées, ce qui freine l’intégration nationale et augmente les coûts logistiques. À l’inverse, le Rwanda, pourtant enclavé, a investi dans des connexions régionales à fort impact. Fragmentation sociale et identitaire La diversité culturelle devient un frein en l’absence d’un projet national partagé. Cela renforce les clientélismes et la méfiance envers les institutions centrales. Le Sénégal, lui, a su construire un imaginaire collectif plus inclusif. Urbanisation peu productive Madagascar reste rurale et son urbanisation est peu structurée. Antananarivo souffre d’un sous-investissement chronique, là où Dakar ou Kigali sont devenues des pôles économiques dynamiques. Culture de la défiance envers l’État L’absence d’État-providence a installé une culture de débrouille. L’administration est vue comme un obstacle, pas comme un appui. Cela réduit la demande citoyenne de transparence et bloque la construction d’un État moderne. Retard numérique et énergétique Moins de 20 % de la population a accès à l’électricité, et moins de 10 % à Internet. Ce double retard empêche l’insertion dans l’économie moderne, là où d’autres pays africains en font des leviers majeurs. En résumé, Madagascar souffre : D’un isolement logistique et numérique, D’un enclavement intérieur, D’une fragmentation sociale persistante, Et d’une faible exigence de reddition des comptes. Cette combinaison maintient la majorité

65 ans d’indépendance à Madagascar : entre célébrations officielles et désillusion populaire

Diapason est un « think tank » qui veut poser des questions, nourrir le débat, valoriser les initiatives et favoriser l’innovation socio-économique et politique pour le développement de Madagascar. Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles du think tank.  Nos valeurs Boussole / Cap Indépendance politique Multiculturel Vision à long terme Trait d’union entre savoir et pouvoir Éducation Recul nécessaire Liberté d’action Disruptif Bonne lecture !   À l’occasion du 65e anniversaire de l’indépendance de Madagascar, le président de la République a promis une “célébration grandiose”. Il a précisé que les festivités, en tout cas les cérémonies officielles, auraient lieu dans un lieu différent des sites habituels. Il a notamment indiqué que les feux d’artifice seraient tirés depuis le parc du Lac Iarivo, un projet encore en chantier, dont il a promis l’achèvement d’une première phase avant le 26 juin. Les autorités malgaches déploient un grand décor : une marche dans le centre-ville, l’inauguration d’une stèle commémorative sur l’avenue de l’Indépendance, des défilés militaires, des concerts, des cérémonies officielles… Un agenda festif rythmé par des discours appelant à l’unité nationale et à la fierté retrouvée. Mais derrière ces images de célébration, un malaise profond persiste. Et une question revient dans toutes les conversations : Madagascar est-il réellement indépendant ? Une indépendance de façade ? Officiellement indépendante depuis 1960, la Grande Île semble encore, pour beaucoup de ses citoyens, vivre sous le poids de dépendances multiples : politiques, économiques, voire symboliques. Si la souveraineté nationale est inscrite dans la Constitution, son application réelle suscite des doutes, notamment dans un contexte où l’État de droit, la transparence et la redevabilité du pouvoir sont régulièrement remis en cause. Mais 65 ans plus tard, que reste-t-il de cette souveraineté ? Les décisions publiques semblent de plus en plus déconnectées de la volonté populaire. Le peuple malgache a-t-il vraiment son mot à dire sur l’avenir du pays ? Ou n’est-il qu’un simple spectateur d’un théâtre politique verrouillé par une élite au service de ses propres intérêts ? L’actuel président, régulièrement critiqué pour son exercice personnalisé du pouvoir, est également au cœur de controverses liées à sa double nationalité française. Une situation inédite et politiquement sensible dans un pays dont l’histoire coloniale demeure une blessure ouverte. Fête nationale, outil politique ? Dans un contexte de pauvreté généralisée – plus de 80 % de la population vit avec moins de 2 dollars par jour -, ces célébrations fastueuses suscitent l’incompréhension. Pour nombre d’observateurs, elles apparaissent comme un écran de fumée destiné à détourner l’attention de l’opinion publique. “On amuse le peuple pendant que les ressources sont dilapidées”, souffle un enseignant à Antananarivo, amer face à ce qu’il qualifie de mise en scène. Organiser des fêtes nationales grandioses est devenu un outil classique de diversion : panem et circenses – du pain et des jeux – pour détourner l’attention d’un peuple accablé par la misère. Les dépenses engagées pour ces festivités contrastent crûment avec l’état des infrastructures de base : hôpitaux sous-équipés, routes délabrées, établissements scolaires précaires. L’écart entre les moyens mobilisés pour la fête et les réalités quotidiennes alimente un sentiment d’injustice. Un anniversaire amer. Car célébrer l’indépendance dans un tel contexte relève de l’hypocrisie. L’indépendance n’est pas une date sur un calendrier, mais une réalité vécue. Et cette réalité, pour la majorité des Malgaches, reste marquée par la dépendance, l’exclusion et le mépris. Un pouvoir fortement centralisé. Le fonctionnement de l’État est également critiqué. L’accusation d’un style de gouvernance autoritaire, voire féodal, revient régulièrement. Le régime actuel évoque davantage une monarchie autoritaire qu’un État de droit. L’État, confondu avec la personne du chef, fonctionne au bon vouloir d’un seul homme. La loi, c’est lui. Les contre-pouvoirs sont réduits au silence, les institutions affaiblies, les journalistes menacés, et les opposants diabolisés. Les institutions, bien qu’existantes, peinent à jouer leur rôle. Dans de nombreux dossiers, la parole présidentielle fait office de loi, et les décisions majeures sont prises dans l’opacité. Les critiques ne viennent pas seulement de l’opposition. Des voix issues de la société civile, du milieu académique ou de l’administration alertent sur une dérive vers une centralisation excessive du pouvoir. Une majorité en attente de rupture. Dans ce climat, la majorité des Malgaches exprime de plus en plus ouvertement sa lassitude face à ce qu’elle perçoit comme une confiscation du rêve d’indépendance. Nombre d’entre eux, surtout les jeunes, ne se reconnaissent ni dans les discours officiels ni dans les pratiques politiques actuelles. Certes, les feux d’artifice illumineront le ciel du Lac Iarivo, mais une autre lumière doit naître : celle de la conscience collective, du refus de la manipulation, et de la réappropriation de la souveraineté populaire. Car une vraie indépendance ne se fête pas : elle se vit. Elle doit être concrétisée par des politiques publiques au service de la majorité – et non d’une minorité. Zaza Ramandimbiarison Analyse ICECAP (ndlr)   Télécharger l’article :  Ici 🗞

Réflexions sur la Réforme et Initiatives Éducatives à Madagascar

Diapason est un « think tank » qui veut poser des questions, nourrir le débat, valoriser les initiatives et favoriser l’innovation socio-économique et politique pour le développement de Madagascar. Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles du think tank.  Nos valeurs Boussole / Cap Indépendance politique Multiculturel Vision à long terme Trait d’union entre savoir et pouvoir Éducation Recul nécessaire Liberté d’action Disruptif Bonne lecture !   L’Éducation à Madagascar : Un Système en Crise Parler de l’éducation à Madagascar, c’est dresser le bilan d’un échec systémique et sociétal multiple. Cet échec s’inscrit dans une certaine complexité et fait appelle à une analyse rigoureuse des problèmes pour élaborer des solutions adaptées et intentionnelles. Réformer l’éducation à Madagascar ne se résume donc pas à une seule mesure. C’est une démarche holistique, impliquant plusieurs strates sociétales, notamment l’individu, les régions et la nation. Une vision novatrice et transformative est nécessaire pour développer des initiatives durables et inclusives à tous ces niveaux. Il s’agit à la fois de conduire une réforme éducative intrinsèquement liée à une volonté d’instaurer une égalité sociale durable. In fine, réformer l’éducation à Madagascar, c’est avoir une grande vision nationale capable de naviguer dans le système complexe d’une économie moderne et globale, assurant ainsi la prospérité à long terme de chaque individu, tourné vers une aspiration collective que les Malgaches expriment dans leur hymne national : «… Hiadana sy ho finaritra, He sambatra tokoa izahay » Ancrer l’Éducation dans l’Individu et le Développement Une réforme éducative doit s’intégrer dans une perspective de développement individuel d’abord, puis global. Une éducation qui ne favorise pas l’épanouissement et la croissance des individus engendre frustration et inégalités. L’histoire récente de Madagascar montre qu’un système éducatif inéquitable peut conduire à une révolution. Dans un contexte où la majorité des Malgaches n’a pas accès à une éducation de qualité, le risque d’une explosion sociale due à des inégalités criantes est palpable. D’où la nécessité d’une réforme éducative centrée sur l’individu. Cette transformation requiert un changement de mentalité à l’échelle nationale. La société malgache doit se libérer du fatalisme et de la résignation pour embrasser une dynamique de participation active et créative, individuelle et collective, institutionnelle et communautaire. Repenser le Rôle de l’Individu dans l’Éducation Le changement doit commencer par une prise de conscience individuelle. Les Malgaches ne doivent pas attendre des politiques l’impulsion du changement ; il doit naître de leur volonté de réussir. Mais comment susciter cette prise de conscience collective ? C’est ici que la force de l’individu combinée à l’éducation entre en jeu. Tout comme chaque vote compte lors des élections, chaque action individuelle est cruciale pour le développement du pays. Les initiatives personnelles et locales sont les fondations du changement collectif. Comprendre que la réussite commence par un effort personnel et que l’objectif ultime de chacun est la réussite économique permet de transformer cette réussite individuelle en prospérité collective. L’éducation est le creuset de cette transformation qui repose sur le potentiel de chaque individu à contribuer au changement. En reconnaissant et en activant ce potentiel, les individus peuvent transformer leur propre vie et contribuer au développement national à travers une éducation adaptée et intentionnelle. Ce chemin vers le changement est parsemé de défis, mais avec une prise de conscience individuelle et une volonté indomptable, tout est possible. Vers une Transformation Collective Madagascar ne peut plus se contenter de blâmer son héritage colonial ou ses politiques actuelles. La société malgache doit se reconnaître comme l’agent de son propre changement. La résignation doit céder la place à une dynamique de participation active. Pour qu’un véritable changement se produise, il est essentiel pour chaque individu de s’arrêter, de se poser les bonnes questions et de redéfinir les objectifs collectifs. Cette introspection collective doit toucher tous les niveaux de la société : l’individu, la communauté et les institutions. Dans ce processus continu de réforme de l’éducation ancrée sur l’individu à la communauté exige une remise en question progressive, partant de l’individu pour aboutir à une transformation collective. Madagascar pourra ainsi construire une éducation de qualité, accessible à tous, et porteuse d’un avenir prometteur pour tous ses citoyens. Conclusion Dans le contexte actuel de Madagascar (Madagascar fait partie des 46 Pays les moins avancés (PMA) désignés par les Nations Unies), l’approche éducative que nous proposons ici souligne l’importance d’intégrer chaque individu composant du tissu socio-culturel et économique du pays avec un nouveau modèle de pensée, d’effort et de travail pour accélérer le changement. Cette nouvelle approche du système éducatif doit mettre l’accent sur le développement de l’individu pour le préparer à un marché du travail en évolution, contribuant ainsi au développement et à la croissance économique du pays. Des modèles de réussite individuelle existent déjà et peuvent inspirer, ouvrant la voie à un développement durable et une croissance économique grâce à chaque potentiel éducatif individuel. Parce que chaque Malagasy compte ! Fabien Razakandrainibe PhD Écologie – Sorbonne Université Éditeur en Chef et Co-fondateur Madagascar Media   Bibliographie : “Madagascar: A Short History » – Solofo Randrianja and Stephen Ellis, 2009, Indiana University Press. Cet ouvrage fournit une histoire détaillée de Madagascar, y compris les aspects liés à l’éducation et aux inégalités sociales qui ont contribué à des bouleversements politiques. « The Madagascar Uprising of 1947: A Reappraisal » – By Philip M. Allen Un article académique qui examine les causes profondes de l’insurrection de 1947, y compris les inégalités économiques et éducatives. « Madagascar: Poverty Reduction Strategy Paper » – By International Monetary Fund Ce document stratégique aborde les défis éducatifs et les inégalités à Madagascar, en soulignant les réformes nécessaires pour réduire la pauvreté. « Political Economy of Madagascar » – By William L. Sharp Cet ouvrage explore les aspects économiques et politiques de Madagascar, y compris les effets des inégalités éducatives sur la stabilité politique. « Education and Social Change in Madagascar » – By Michael Lambek Une analyse anthropologique de l’impact de l’éducation sur les changements sociaux à Madagascar. « Educational Inequality and Political Unrest in Madagascar » – By various authors in academic journals Articles de journaux

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