Interview – ONU x Refondation – Décryptage

Décryptons le sujet… 🎥 Nouveau décryptage Diapason Madagascar : de la transition à la Refondation… qui a donné ce mandat ? Un an après le basculement politique à Madagascar, le discours du pouvoir évolue. Dans son interview à l’ONU, le président de la Refondation, Mickaël Randrianirina, ne parle plus seulement de transition. Il évoque une « sorte de transition », puis affirme : « C’est plus qu’une transition. » Or, une question institutionnelle demeure centrale : le PRRM n’a pas été élu président par le peuple. Il exerce les fonctions de chef de l’État dans un cadre exceptionnel. Les électeurs ne lui ont donc pas directement confié, par une élection présidentielle, un programme de transformation du pays appelé « Refondation ». Et pourtant, le processus décrit devient de plus en plus large : Transition → Refondation → Transformation institutionnelle → Nouvelle Constitution → Élections Dans ce nouveau décryptage de Diapason, Irina et Hary confrontent deux lectures : faut-il transformer les institutions avant de rendre la parole aux urnes ? Jusqu’où un pouvoir provisoire peut-il conduire cette transformation ? Et surtout : Qui définit la Refondation ? Qui en fixe les limites ? Qui décidera qu’elle est terminée ? Car derrière le débat sur les élections de 2027 apparaît une question plus fondamentale : l’élection restera-t-elle l’échéance qui met fin au pouvoir provisoire, ou deviendra-t-elle l’aboutissement d’une Refondation dont le terme reste à définir ? Partagez votre analyse dans les commentaires. 🌐 Retrouvez nos articles et décryptages : https://www.diapason.mg Diapason | Analyser. Éclairer. Nourrir le débat. 🔔 Abonnez-vous à Diapason pour suivre nos décryptages sur Madagascar, la refondation, la gouvernance et les transitions politiques africaines. #Diapason_Think_Tank #Madagascar 🎥 Télécharger la vidéo Lire l’article Accéder au débat
Quand la rupture populaire devient une trajectoire de pouvoir

Date : 25/09/26 S39-26 | 25 septembre 2026 | Rédaction Diapason Le 25 septembre 2025, la Gen Z malgache ne s’est pas soulevée au nom d’un programme idéologique unifié. Elle a d’abord exprimé une demande élémentaire : vivre normalement. L’eau, l’électricité, la dignité, la justice et la possibilité d’un avenir ont constitué le socle de la mobilisation. L’arrestation de deux conseillers municipaux d’Antananarivo, Alban Rakotoarisoa et Clémence Raharinirina, venus déposer une demande d’autorisation de manifester, a déclenché les premiers rassemblements. Mais cette arrestation n’explique pas, à elle seule, la profondeur de la colère. Elle a rencontré une société déjà fragilisée par les délestages, la corruption, l’impunité et le sentiment d’un avenir qui risque fort d’être compromis. La répression des premiers rassemblements a transformé cette demande sociale en contestation politique. Les coupures d’eau et d’électricité n’étaient plus perçues comme de simples défaillances techniques. Elles devenaient le symbole d’un État incapable de protéger, de prévoir et de répondre. Ce que la rupture a coûté Entre le 25 et le 29 septembre 2025, la mobilisation s’est étendue rapidement, portée par la circulation des images et des mots d’ordre sur les réseaux sociaux. L’absence de leadership centralisé a rendu le mouvement difficile à neutraliser. Elle a aussi limité sa capacité à construire une stratégie commune pour l’après. Le coût humain de cette première séquence ne peut être évacué. Dans une déclaration du 29 septembre 2025, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme a fait état d’au moins 22 morts et de plus de 100 blessés[1]. Ces chiffres ont été contestés par le gouvernement de l’époque. Ils demeurent néanmoins indispensables pour mesurer ce que recouvre le mot « répression ». La contestation s’est progressivement élargie. À la demande d’eau et d’électricité se sont ajoutés le rejet de la corruption, la dénonciation de l’impunité et la remise en cause de la légitimité du pouvoir. Un pouvoir ne perd pas seulement sa légitimité lorsqu’il échoue. Il la perd lorsque la population comprend que l’échec n’est plus accidentel, mais structurel. Le tournant est intervenu les 11 et 12 octobre 2025. La brigade du CAPSAT a refusé de tirer sur la foule. L’armée est devenue l’arbitre de la crise. Andry Rajoelina a quitté le pays. Une mobilisation née dans la rue a ainsi ouvert la voie à une rupture contrôlée par des acteurs capables d’accéder directement à l’appareil d’État. Le moment institutionnel du 14 octobre Le 14 octobre 2025, la Haute Cour constitutionnelle adopte la décision n°10-HCC/D3 concernant une requête aux fins de résolution sur une sortie de crise politique[2]. La Cour constate la vacance du poste de Président de la République, mais aussi celle du Président du Sénat. Elle constate également l’impossibilité du gouvernement en place d’exercer les fonctions présidentielles. Son article 3 invite « l’autorité militaire compétente incarnée par le Colonel RANDRIANIRINA Michaël » à exercer les fonctions de Chef de l’État. La même décision précise que les institutions et organes constitutionnels en place continuent d’exercer leurs pouvoirs habituels. La Cour motive sa position par l’absence d’Andry Rajoelina du territoire national, qualifiée d’« abandon passif du pouvoir ». Le colonel Michaël Randrianirina devient ainsi Président de la Refondation de la République de Madagascar. Cette installation intervient le 14 octobre, avant que la procédure de motion d’empêchement définitif engagée contre le président en exercice n’ait été examinée. Le 22 octobre, par sa décision n°11-HCC/D3, la Cour indique qu’il n’y a plus lieu de statuer sur cette motion, la vacance de la présidence ayant déjà été constatée par la décision du 14 octobre[3]. L’ordre des décisions est un fait institutionnel : l’installation du nouveau chef de l’État précède la clôture de la procédure visant l’ancien président. La décision n°10-HCC/D3 fera ensuite l’objet de deux interprétations. La décision n°13-HCC/D3 du 6 novembre porte sur son article 4. La décision n°16-HCC/D3 du 18 novembre porte sur son article 3[4]. Ces interprétations successives documentent l’indétermination du cadre juridique installé au lendemain de la rupture. La transition n’est donc pas née d’un mécanisme institutionnel ordinaire, mais d’une zone de droit exceptionnel ensuite précisée par la Cour. L’Union africaine, de son côté, a suspendu Madagascar dès le 15 octobre 2025 pour changement anticonstitutionnel de gouvernement[5]. Une civilianisation inachevée Le 20 octobre 2025, Herintsalama Rajaonarivelo est nommé Premier ministre. Cette nomination donne à l’exécutif une apparence civile et hybride. La transition est alors présentée comme une période limitée, de dix-huit à vingt-quatre mois, destinée à rétablir l’ordre institutionnel et à préparer le retour à un pouvoir élu. Le gouvernement est dissous le 10 mars 2026. Le 15 mars 2026, Mamitiana Rajaonarison devient Premier ministre. Avant cette nomination, il dirigeait le SAMIFIN, le service de renseignement financier malgache, dont il était directeur général depuis 2021 et où il avait été reconduit en 2025[6]. Cette succession est un indicateur plus précis que l’adjectif « hybride ». Le premier Premier ministre venait du champ civil et politique, le second de l’appareil de renseignement financier. Au sommet de l’État, la présence militaire se double désormais d’un exécutif recomposé autour d’acteurs issus de l’appareil administratif et sécuritaire. La civilianisation ne se mesure donc pas à la présence d’un Premier ministre civil, mais à l’origine des responsables, à leur autonomie réelle et à la capacité des institutions civiles de contrôler les décisions. Un an après, les demandes fondatrices restent ouvertes La transition a produit un changement de régime. Elle n’a pas encore réglé les problèmes qui ont déclenché le soulèvement. En juin 2026, le délestage tournant est revenu dans la capitale. Huit heures de coupure ont été annoncées dans certaines zones, dans un contexte marqué par l’avarie du groupe G2 de la centrale d’Andekaleka et l’entrée dans la période d’étiage[7]. L’eau et l’électricité n’étaient pas des symboles : elles étaient les demandes fondatrices du mouvement. Un an plus tard, leur persistance permet de mesurer l’écart entre la rupture politique et l’amélioration de la vie quotidienne. La réponse ne peut pas reposer uniquement sur les discours de refondation, de souveraineté ou de reconstruction nationale. Elle doit être recherchée dans
Madagascar, An I – « Les règles du pouvoir » (Dossier)

Date : 25/09/26 Abstract Ce dossier analyse la première année de la transition politique ouverte à Madagascar par le soulèvement populaire du 25 septembre 2025. Il montre que la crise est née de demandes sociales élémentaires, liées à l’eau, à l’électricité, à la justice et à la dignité, avant de devenir une rupture politique sous l’effet de la répression. L’étude examine ensuite le montage institutionnel installé en octobre 2025, l’ordre des décisions de la Haute Cour constitutionnelle, la recomposition de l’exécutif et la place persistante des militaires dans des fonctions civiles et stratégiques. Elle confronte ces évolutions aux demandes fondatrices du mouvement, à la concertation organisée avec la jeunesse et aux poursuites visant certains militants. Le dossier analyse également le calendrier électoral annoncé pour 2027, son articulation incertaine avec les résolutions de la concertation nationale et les précédents du Gabon, de la Guinée et du Tchad. Il revient enfin sur l’estimation de 90 % de risque de captation institutionnelle formulée par Diapason en novembre 2025. Plutôt que de conserver ce pourcentage, il propose une grille vérifiable distinguant les étapes franchies de celles qui restent à accomplir. La question centrale est désormais de savoir qui fixera l’ordre des étapes, écrira les règles de l’après et bénéficiera de la configuration institutionnelle ainsi produite. Télécharger l’article : Ici 🗞 Retrouver le débat autour de l’article tous les mardis soir ici :
BRICS: L’Afrique est-elle une simple marionnette ?

Jeudi 17/09/26 – 19:00 🎥 Replay de l’émission « Africa global Télésud » Diapason est invité à décrypter l’actualité africaine sur Global Africa Télésud, POST YOUTUBE • DIAPASON 🌍 BRICS : quel est le véritable poids de l’Afrique dans ce nouvel ordre mondial ? Les BRICS s’élargissent et l’Afrique occupe désormais une place plus importante au sein de ce forum. Mais cette présence accrue se traduit-elle par une véritable influence économique et politique ? Dans cette émission de Global Africa sur Télésud, nous décryptons les enjeux de la place africaine au sein des BRICS, entre ambitions de souveraineté, rivalités régionales et nouvelles dépendances. 🔎 Au cœur du débat : • L’Éthiopie et le Somaliland : les BRICS peuvent-ils contribuer à résoudre les tensions régionales africaines ? • Représentativité : les pays africains disposent-ils d’un réel pouvoir de négociation face aux grandes puissances ? • Souveraineté financière : la Banque des BRICS et la dédollarisation offrent-elles de nouvelles perspectives économiques ? • Ressources naturelles : l’Afrique peut-elle développer sa transformation industrielle locale plutôt que de continuer à exporter ses matières premières brutes ? • Non-alignement : comment préserver son autonomie stratégique dans un monde marqué par les rivalités entre Washington, Pékin et Moscou ? 🎯 Une question traverse toute l’émission : l’Afrique peut-elle transformer sa présence au sein des BRICS en véritable capacité de négociation et en bénéfices économiques pour ses populations ? ▶️ Retrouvez l’émission intégrale : Regarder l’émission sur YouTube 💬 Et vous, quels résultats concrets attendez-vous des BRICS pour les pays africains ? 🌐 Think tank Diapason : https://www.diapason.mg 👉 Analyse et décryptage dans cette émission. Sources : Global Africa TeleSud #BRICS #Afrique #Geopolitique #Souverainete #EconomieAfricaine #Dedollarisation #Diapason #Telesud #GlobalAfrica #Diapason_Think_Tank #Madagascar
Madagascar : quand la transition écrit les règles de sa propre sortie – Décryptage

Décryptons le sujet… 🎥 Nouveau décryptage Diapason Madagascar : quand la transition écrit les règles de sa propre sortie 🇲🇬 Et si le véritable enjeu de la prochaine présidentielle n’était pas seulement de savoir qui sera élu, mais qui aura écrit les règles de l’élection ? À Madagascar, la Refondation prépare un nouveau cadre institutionnel et électoral. Mais une question fondamentale se pose : le pouvoir provisoire peut-il définir les règles du scrutin tout en conservant la possibilité d’y participer ? Dans ce nouveau décryptage, le think tank Diapason explore trois questions essentielles : 🔹 L’article 25 de la Charte africaine : quelles limites impose-t-il aux dirigeants issus d’un changement anticonstitutionnel de gouvernement ? 🔹 Le conflit d’intérêts de la transition : peut-on être à la fois l’arbitre qui définit les règles et le joueur qui participe à la compétition ? 🔹 Le mécanisme historique : que nous apprennent les transitions du Gabon, de la Guinée et du Tchad sur la transformation possible d’un pouvoir provisoire en pouvoir électoral ? L’enjeu n’est pas de prédire l’avenir de Madagascar, mais de comprendre les mécanismes institutionnels qui peuvent influencer les conditions de la prochaine élection. Une élection ne suffit pas, à elle seule, à garantir une transition démocratique. Les conditions dans lesquelles elle est organisée comptent tout autant. 💬 Selon vous, quelles garanties institutionnelles devraient encadrer la prochaine présidentielle malgache ? Partagez votre analyse dans les commentaires. 🌐 Retrouvez nos articles et décryptages : https://www.diapason.mg Diapason | Analyser. Éclairer. Nourrir le débat. 🔔 Abonnez-vous à Diapason pour suivre nos décryptages sur Madagascar, la refondation, la gouvernance et les transitions politiques africaines. #Diapason_Think_Tank #Madagascar 🎥 Télécharger la vidéo Lire l’article Accéder au débat
Quand la transition écrit les règles de sa propre sortie

Date : 18/09/26 Dans les transitions politiques, il est un moment plus discret, parfois plus déterminant que la prise du pouvoir elle-même et plus que l’élection proprement dite : celui où le provisoire s’attache à organiser l’après-provisoire. Madagascar semble, aujourd’hui, se trouver dans cette zone. La feuille de route de la Refondation prévoit une concertation nationale, une refonte de la gouvernance électorale, la préparation d’une Constitution de la Ve République et, enfin, l’organisation des élections[1]. En soi, cela n’a rien d’anormal. Une rupture institutionnelle appelle souvent de nouvelles règles. Le problème apparaît ailleurs : que se passe-t-il lorsque ceux qui dirigent une transition participent à la définition de ces règles tout en conservant la possibilité d’être eux-mêmes candidats à l’élection qui doit y mettre fin ? L’article 25 de la Charte africaine que Madagascar ne peut ignorer. Le débat malgache pourrait bientôt rencontrer un obstacle qui ne se trouve ni dans les discours de l’opposition ni dans les rapports de force internes. Il se trouve dans un texte africain. En effet, la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance prévoit, à son article 25, que les auteurs d’un changement anticonstitutionnel de gouvernement ne doivent pas participer aux élections organisées pour rétablir l’ordre démocratique, ni occuper de fonctions de responsabilité dans les institutions politiques de leur État[2]. Cette disposition prend une résonance particulière depuis le 15 octobre 2025. Ce jour-là, le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine a condamné la prise du pouvoir intervenue la veille à Madagascar, l’a qualifiée de changement anticonstitutionnel de gouvernement et a suspendu le pays des activités de l’Union jusqu’au rétablissement de l’ordre constitutionnel[3]. Il faut cependant se garder de tirer une conclusion trop rapide. Ce texte ne permet pas, à lui seul, d’affirmer aujourd’hui que telle personne est juridiquement inéligible à la prochaine présidentielle malgache. L’article parle des « auteurs » du changement anticonstitutionnel. Déterminer individuellement qui entre dans cette catégorie, comment cette disposition doit être appliquée et par quelle institution, relève d’une interprétation juridique et politique qui devra être établie. Mais la question existe désormais. Elle n’est plus seulement politique. Elle est aussi juridique – et africaine. Elle pourrait ainsi devenir centrale si un dirigeant de la Refondation annonçait sa candidature à l’élection censée mettre fin à la transition. Le conflit d’intérêts avant même la candidature Il existe pourtant une question encore plus simple. Elle ne nécessite ni tribunal ni sanction : peut-on être simultanément architecte des règles et en être potentiellement bénéficiaire ? En février 2026, 329 organisations de la société civile malgache ont demandé au chef de l’État de préciser publiquement s’il envisageait ou non de participer à la prochaine présidentielle. Leur justification était explicite : éviter toute suspicion de conflit d’intérêts[4]. Le sujet dépasse largement la personnalité du président de la Refondation. Imaginez une compétition dans laquelle un participant potentiel pourrait intervenir, directement ou indirectement, dans la désignation de l’arbitre, la définition des règles d’inscription, la fixation des conditions d’éligibilité, l’organisation du scrutin et le texte constitutionnel qui doit régir cette compétition… Même si aucune fraude n’est commise, le problème institutionnel existe déjà. Il tient à l’asymétrie. La feuille de route prévoit précisément une refondation de la gouvernance électorale avant les élections, puis l’élaboration de la future Constitution. Ces réformes peuvent être nécessaires. Elles peuvent aussi améliorer un système électoral contesté depuis longtemps. Le problème n’est donc pas de considérer toute réforme comme suspecte. Le véritable test sera ailleurs : qui nommera les responsables des futures institutions électorales ? Quelles garanties d’indépendance seront inscrites dans les textes ? Les règles d’éligibilité évolueront-elles ? Les propositions issues de la concertation modifieront-elles réellement les décisions finales ? Les futurs candidats disposeront-ils des mêmes recours et des mêmes libertés ? Et surtout : le pouvoir qui organise la sortie de transition acceptera-t-il d’être soumis à des règles qu’il ne pourra pas adapter à sa propre situation ? C’est là que commence la différence entre une transition vers un nouvel ordre constitutionnel et une transition vers la transformation du pouvoir provisoire en pouvoir « définitif ». Une séquence déjà connue Madagascar n’évolue pas dans un vide historique. Entre août 2020 et août 2023, huit coups d’État réussis ont eu lieu en Afrique centrale et occidentale. International IDEA observe une séquence commune : prise de pouvoir, annonce d’une transition, création d’un cadre juridique provisoire, réforme constitutionnelle ou institutionnelle, puis élections censées restaurer l’ordre constitutionnel. Dans tous les cas étudiés, les réformes institutionnelles ont précédé les élections[5]. C’est un détail essentiel. La consolidation d’un pouvoir issu d’une rupture ne passe pas nécessairement par la suppression des élections. Elle peut passer par leur organisation. Le Gabon offre une illustration récente. Après le coup d’État de 2023, une transition est organisée, une nouvelle Constitution est adoptée, puis le président de transition Brice Oligui Nguema participe à la présidentielle de 2025. La Guinée montre une autre variante : la charte de transition de 2021 interdisait initialement aux dirigeants de la transition de participer aux élections destinées à y mettre fin ; la nouvelle architecture constitutionnelle a ensuite modifié les conditions du retour à l’ordre électoral. Au Tchad, la présidentielle de 2024 intervient après trois années de transition dirigées par Mahamat Idriss Déby. Ces pays sont différents. Leurs histoires, leurs institutions et leurs crises ne sont pas interchangeables. Il serait donc abusif d’en tirer une loi qui condamnerait Madagascar à reproduire leur parcours. Mais ils révèlent un mécanisme plausible … La rupture crée un pouvoir provisoire. Le provisoire reçoit la mission de reconstruire les institutions. Cette reconstruction lui confère progressivement une légitimité d’exercice. Des consultations sont organisées. Une Constitution est produite. Les relations internationales se normalisent. Puis arrive l’élection. À ce moment-là, celui qui était supposé organiser le passage peut devenir candidat au passage. La transition cesse alors d’être seulement un pont. Elle peut devenir une rampe d’accès. L’autoritarisme moderne n’a pas toujours besoin de supprimer le vote C’est probablement ici que l’analyse doit dépasser l’image classique de l’autocratie. Un pouvoir autoritaire n’a pas nécessairement besoin
Madagascar face à l’installation du pouvoir provisoire – Décryptage

Décryptons le sujet… 🎥 Nouveau décryptage Diapason 🇲🇬 Madagascar : le pouvoir provisoire s’installe-t-il ? Comment distinguer un pouvoir qui prépare le retour aux urnes d’un pouvoir qui organise sa prolongation ? Pour cette rentrée, Diapason vous propose un décryptage de l’article « Madagascar face à l’installation du pouvoir provisoire ». L’objectif : comprendre la trajectoire du pays en confrontant les promesses aux actes. Au programme : Les attentes de changement portées par la Gen Z. Le cadre constitutionnel et la portée de la décision n°13 de la Haute Cour constitutionnelle. L’IPP, un outil pour observer la trajectoire du pouvoir. Les décisions concrètes à surveiller pour apprécier la suite. Un pouvoir provisoire se juge aux actes qu’il accomplit, aux limites qu’il accepte et aux garanties qu’il apporte au retour à un pouvoir élu. 💬 Selon vous, quel acte concret constituerait un signe crédible de retour à un pouvoir élu ? Partagez votre analyse en commentaire. Diapason • Nourrir le débat 🔔 Abonnez-vous à Diapason pour suivre nos décryptages sur Madagascar, la refondation, la gouvernance et les transitions politiques africaines. #Diapason_Think_Tank #Madagascar 🎥 Télécharger la vidéo Lire l’article Accéder au débat
Madagascar face à l’installation du pouvoir provisoire

Date : 11/09/26 Introduction Dans quelques semaines, Madagascar approchera du premier anniversaire du soulèvement porté par la génération Z. À l’automne 2025, la contestation des coupures d’eau et d’électricité avait débouché sur une crise politique majeure. Le départ d’Andry Rajoelina et l’intervention d’une partie de l’armée avaient ouvert la voie au colonel Michaël Randrianirina, devenu président de la Refondation. La mobilisation avait renversé le rapport de force. Elle n’avait cependant réglé ni la question des institutions à reconstruire ni celle des limites à imposer aux nouveaux dirigeants.[1] Près d’un an après cette rupture, une question mérite donc de guider l’analyse : le pouvoir prépare-t-il les conditions de son remplacement ou celles de sa prolongation ? Répondre exige de regarder les décisions, les moyens mobilisés et les contraintes acceptées. Les intentions proclamées comptent, mais elles ne suffisent pas à définir une trajectoire. Un calendrier assoupli sous contrôle constitutionnel L’article 53 de la Constitution prévoit une élection présidentielle entre trente et soixante jours après la constatation de la vacance. Il limite les prérogatives pendant l’intérim, notamment la dissolution de l’Assemblée nationale et la révision constitutionnelle. Mais lire la situation à partir de ce seul délai serait incomplet : la Haute Cour constitutionnelle en a précisé l’application dans sa décision n°13-HCC/D3 du 6 novembre 2025.[2][3] Son article 5 rend le report du scrutin envisageable sous le contrôle de la Cour. Les motifs exigent une appréciation objective des conditions politiques, sécuritaires, financières et techniques permettant une élection libre, transparente et acceptée par tous. Aucune nouvelle date butoir ni durée maximale de prolongation n’est fixée. Cette décision ouvre la possibilité de dépasser les soixante jours. Elle ne donne toutefois pas au président le pouvoir de prolonger sans contrôle la période électorale.[3] L’enjeu se déplace : comment établir que le temps supplémentaire prépare les élections ? La décision maintient les mandats des institutions selon la Constitution ou la loi ; elle n’accorde pas de compétence pour les remodeler. Il faut distinguer l’assouplissement du calendrier de l’élargissement des pouvoirs. La prolongation ne suffit pas à établir une sortie du cadre constitutionnel. Le risque politique tient à un provisoire sans terme fixé, dont il faut contrôler les justifications et les effets sur la consolidation présidentielle. Ce que mesure notre indicateur L’Indice de pérennisation du pouvoir de Diapason, ou IPP, aide à suivre cette installation. Il rapproche plusieurs dimensions : maîtrise du calendrier, fonctionnement des institutions, personnalisation du pouvoir, contrôle administratif, légitimation, opposition, mobilisation et environnement extérieur. Son intérêt consiste à examiner ensemble des faits qui, pris séparément, peuvent sembler secondaires. L’édition du 10 septembre maintient le score à 62,6%, comme le 22 août. Ce chiffre n’est ni un taux de popularité, ni une probabilité de victoire électorale, ni un pourcentage d’illégalité. Il résume les observations retenues dans une grille de lecture de la consolidation du pouvoir. Il éclaire ainsi certaines manifestations de l’élargissement politique de l’intérim, sans remplacer l’analyse juridique.[4] Sa stabilité appelle aussi une explication simple. Les nouveaux faits recensés n’ont pas modifié les niveaux déjà attribués aux huit dimensions. Un indicateur construit par paliers peut conserver le même score alors que des décisions nouvelles prolongent une dynamique existante. Il faut donc lire le chiffre avec les événements qui l’accompagnent. Une valeur inchangée ne signifie ni immobilité du pays ni innocuité de la trajectoire. Le calendrier devient un enjeu de pouvoir La concertation nationale constitue un premier test. Le calendrier présenté fin août prévoit le démarrage des consultations dans les fokontany le 14 septembre, puis leur remontée vers les échelons supérieurs. La phase nationale est annoncée entre mars et mai 2027. Le processus doit permettre aux citoyens de contribuer aux orientations futures du pays.[5] Cette ambition mérite d’être prise au sérieux. Une consultation ouverte peut identifier des besoins ignorés et élargir la participation. Mais sa valeur dépendra de questions très concrètes : qui pourra intervenir, comment les propositions seront-elles sélectionnées, qui rédigera la synthèse et comment les désaccords seront-ils restitués ? Recueillir la parole ne garantit pas encore qu’elle pèsera sur la décision. Le calendrier soulève une autre difficulté. Des conclusions attendues au printemps 2027 laissent peu de temps pour les traduire en propositions, permettre leur discussion et préparer la première échéance électorale envisagée entre mai et juillet. Cette tension, relevée par la presse, n’équivaut pas à un report officiel. Elle constitue toutefois un point de vigilance précis.[6] Chaque délai supplémentaire peut être justifié par une difficulté réelle. Mais il prolonge également l’exercice du pouvoir par les mêmes responsables. Pour distinguer préparation sérieuse et installation durable, il faut examiner les étapes réalisées, les budgets disponibles, les responsabilités assignées et les mécanismes permettant de contester un retard. Une échéance publique doit pouvoir engager ceux qui l’annoncent. L’énergie révèle une autre dimension Le pouvoir se construit aussi dans la gestion des besoins quotidiens. L’accord signé le 27 août entre la société publique d’approvisionnement (SPM) et des opérateurs pétroliers prévoit vingt millions de litres de gasoil prêtés et quarante millions vendus aux distributeurs. L’intervention publique concerne donc également l’approvisionnement du marché, au-delà du seul combustible destiné à la production électrique.[7] Ce fait invite à éviter deux conclusions rapides. Il ne démontre pas une nationalisation de l’ensemble du secteur pétrolier. Il ne prouve pas davantage que l’État maîtrise désormais durablement l’approvisionnement. Il montre une capacité d’intervention concrète dont il faudra examiner la continuité, le financement et les conditions commerciales. Pour les ménages comme pour les entreprises, le résultat attendu reste accessible à comprendre : des services plus fiables et des coûts supportables. Pour l’État, une prise en charge accrue signifie aussi davantage de responsabilités. Si les contrats sont opaques ou les risques mal évalués, une dépendance ancienne peut simplement être remplacée par une nouvelle. L’enjeu démocratique apparaît alors clairement. Une amélioration du service public peut renforcer légitimement la confiance envers les autorités. Mais les ressources publiques doivent rester contrôlables, quel que soit le bénéfice politique qu’en retire le dirigeant. Il faut pouvoir connaître les coûts, évaluer les résultats et demander des comptes. La souveraineté économique se mesure aussi à cette
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La mécanique de l’impuissance – Décryptage

Décryptons le sujet… 🎥 Nouveau décryptage Diapason « 🇲🇬 La mécanique de notre impuissance » Pourquoi la vie chère, les délestages, les pénuries et les crises économiques reviennent-ils, quel que soit le gouvernement en place ? Ce décryptage propose de dépasser les accusations faciles pour comprendre un mécanisme plus profond : la capture par indispensabilité. Lorsqu’un petit nombre d’acteurs contrôle des fonctions essentielles et qu’aucune alternative crédible ne peut les remplacer rapidement, leur pouvoir ne vient plus seulement de leur richesse. Il vient de la dépendance du pays à leur égard. Le problème n’est donc pas l’existence d’entreprises puissantes. Il apparaît lorsque l’État n’est plus suffisamment capable de garantir la continuité, la qualité et l’accessibilité des services essentiels. Ce décryptage suit une progression en sept étapes : Les faits → les conséquences → le mécanisme → les causes profondes → les comportements → le diagnostic → la trajectoire de sortie. La réponse n’est pas de remplacer un acteur par un autre. Elle consiste à reconstruire les capacités publiques, diversifier les alternatives, organiser la concurrence et rendre à l’État son rôle d’arbitre. « Avant de reconstruire un État plus fort, il faut d’abord être capable de nommer la mécanique qui l’a rendu plus faible. » Regardez le décryptage, partagez-le et dites-nous en commentaire : quelles fonctions essentielles Madagascar doit-il reprendre en priorité sous contrôle collectif ? 🔔 Abonnez-vous à Diapason pour suivre nos décryptages sur Madagascar, la refondation, la gouvernance et les transitions politiques africaines. #Diapason_Think_Tank #Madagascar >> Télécharger la vidéo << Lire l’article Accéder au débat